Le Dakar à mi-parcours : Yanbu est encore loin !
10 janvier 2026
- 19:35
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Après un prologue et six étapes disputées depuis le coup d’envoi donné à Yanbu, il reste 244 pilotes et équipages toujours en lice pour une médaille de finisher sur 317 enregistrés au départ, tandis que 45 ayant connu des péripéties les privant de l’intégralité du parcours poursuivent en mode Expérience le trajet du retour. Au total, 93 motards reprendront la route demain matin (11 Rally GP, 82 Rally 2), ainsi que 141 autos (dont 58 Ultimate, 36 Challenger, 40 SSV et 7 Stock) et 40 camions.
À ce stade de la course, des tendances se dégagent mais c’est surtout l’incertitude qui domine quant aux vainqueurs de la 48e édition. Le tenant du titre Daniel Sanders, chef de file des Red Bull KTM Factory Racing, a pris l’avantage en tête de la course motos sans avoir laminé la concurrence, les regards étant notamment tournés sur le team Monster Energy Honda HRC avec Ricky Brabec (2e) et Tosha Schareina (4e).
En autos, le quintuple vainqueur Nasser Al Attiyah pose une option sur le titre dans son Dacia Sandrider, mais les écarts n’ont jamais été aussi faibles. Malgré l’abandon du héros national Yazeed Al Rajhi, les Toyota Hilux conservent une chance avec Henk Lategan (2e) et les Ford Raptor sont trois dans le Top 5, concentré en 12 minutes derrière le patron qatarien.
En marge de la course principale, il reste 94 véhicules essentiellement du XXe siècle prêts à se départager sur la course de régularité du Dakar Classic, à ce jour menée par l’équipage composé du Lituanien Karolis Raisis et du Français Christophe Marques, au volant d’un Land Rover.
Les 7 véhicules du challenge Dakar Future Mission 1000 ont eux aussi encore six étapes pour tester leurs technologies innovantes face au désert saoudien et contribuer ainsi à la recherche sur les motorisations alternatives.
Motos : Sanders en contrôle
Favori à sa propre succession, Daniel Sanders a bouclé une première moitié de rallye conforme à son statut. Laissant son jeune coéquipier Edgar Canet faire le show en début de semaine, le tenant du titre a attaqué quand il l’a fallu pour s’installer aux commandes du classement provisoire. Sanders pourrait même compter une avance bien supérieure aux 45 secondes qu’il possède désormais sur Ricky Brabec s’il n’avait pas écopé de six minutes de pénalité entre Hail et Riyadh pour un excès de vitesse.
Derrière l’Australien, l’Américain du clan Honda a lui aussi réalisé une belle première semaine de course. S’il n’a pas encore remporté d’étape, Brabec n’a pas commis la moindre erreur, conservant ainsi toutes ses chances pour la victoire finale.
Derrière ce duo qui semble parti pour se disputer le trophée, c’est Luciano Benavides qui glisse sa KTM sur la troisième marche du podium provisoire à une dizaine de minutes des leaders. Un peu moins rapide que les deux seuls anciens vainqueurs en lice car légèrement à court de forme, l’Argentin a tout de même remporté la cinquième étape. Et comme il performe généralement mieux sur la seconde semaine, Luciano se tient en embuscade derrière les deux leaders (à 10’15’’), prêt à profiter de leurs moindres erreurs.
À un peu moins de douze minutes de Sanders, Tosha Schareina reste lui aussi un candidat crédible à la victoire. Vainqueur de deux étapes sur cette première semaine, leader à Alula, l’officiel Honda a malheureusement commis une grossière erreur en ne se positionnant pas correctement au départ du refuge de l’étape marathon. Erreur qui lui a coûté dix minutes de pénalité.
Cinquième du classement provisoire à la journée de repos, Ignacio Cornejo pointe lui à près d’une demi-heure du leader. Un peu moins en jambes que les hommes qui le précèdent, le pilote Hero compte sur sa régularité pour espérer viser une place sur le podium à Yanbu.
Vainqueur du prologue et de la première étape, Edgar Canet a fait parler de lui en début de rallye. Le jeune pilote espagnol, qui effectue cette année ses grands débuts en RallyGP avec l’équipe officielle KTM, a longtemps tenu la dragée haute à Sanders avant de détruire son pneu arrière durant la seconde partie de l’étape marathon. Désormais 59e du classement général, Canet n’a plus rien à espérer, si ce n’est ajouter une nouvelle victoire d’étape à son palmarès.
Bien parti, Ross Branch a lui aussi marqué le pas durant l’étape marathon, tout comme Skyler Howes, qui a trop demandé à son pneu arrière lors de la quatrième étape, ou encore Adrien Van Beveren, qui a non seulement eu du mal à se mettre dans le rythme des leaders mais aussi connu différents soucis qui l’ont considérablement retardé. Il accuse près d’une heure de retard.
En Rally2, c’est le nouveau venu américain Preston Campbell qui pointe à la première place de la catégorie à la journée de repos. Neuvième du classement scratch, le pilote Honda profite de la blessure à la main de Tobias Ebster, contraint à l’abandon au soir de l’étape 3, de la casse de la roue arrière de Michael Docherty, de l’abandon sur chute d’Harith Noah, des malheurs de Neels Theric durant le prologue, et de ceux de son coéquipier Martim Ventura durant l’étape 5, pour devancer d’un petit quart d’heure la KTM du Slovène Toni Mulec. Konrad Dabrowski reste aussi candidat au titre, 3e à 23 minutes du leader américain.
Autos : Al Attiyah, patron à l’étroit
Il n’a pas été simple de se faire une idée claire de la hiérarchie des pilotes et des écuries dans les premiers jours de course. Dans le « à toi, à moi » observé entre Yanbu et Riyadh, chacun a eu son heure de gloire, la palme de l’émotion revenant à Guillaume de Mévius et à son copilote Mathieu Baumel, qui signe un retour gagnant sur le Dakar moins d’un an après un accident qui lui a valu une amputation de la jambe droite. L’équipage de pointe de Mini X-raid a ensuite sombré sous le poids des crevaisons.
Sur la feuille de classement de deuxième étape, les Toyota alignaient une grappe de cinq Hilux menée par Seth Quintero, un exploit historique (inédit depuis 2007) mais sans lendemain puisque parmi eux, Yazeed Al Rajhi a quitté le rallye battu par les crevaisons, pendant que Ferreira, comme Price et Quintero, ont sérieusement dégringolé.
La bande des « Toy » conserve un espoir de victoire avec Henk Lategan, 2e derrière Nasser Al Attiyah à 6’10’’. Parmi les poursuivants du quintuple vainqueur, les Ford Raptor n’affichent plus la domination qu’ils avaient au soir de l’étape 3 avec cinq représentants en tête du général, Mitch Guthrie en tête (encore du jamais vu depuis 2007 !). Mais trois équipages de l’équipe officielle restent en embuscade dans le Top 5 : Nani Roma 3e à 9’13’’ d’Al Attiyah, Carlos Sainz 4e à 11’49’’ et Mattias Ekstrom 5e à 12’11’’.
Qui avait réellement cru que Nasser Al Attiyah serait dépassé sur le Dakar par la génération montante de la discipline, après deux éditions en retrait par rapport à ses standards (abandon en 2024, 4e en 2025) ? Le pilote qatarien s’est chargé de remettre de l’ordre en frappant du poing sur la table, en l’occurrence ses roues sur le sable de la sixième étape. Il avait manifestement identifié l’échéance, avec un parcours de plus de 300 kilomètres uniquement sablonneux et copieux en dunes… le régal de Nasser.
Patron du Dakar au repos, même avec une avance modeste, voilà un rôle qui convient à Al Attiyah, déjà en tête à mi-parcours lors de ses quatre derniers triomphes. Le leader des Dacia n’a même jamais perdu lorsqu’il a basculé en tête à mi-course, mais les écarts n’ont jamais été aussi faibles. Le 5e de la hiérarchie, Mattias Ekstrom, est chronométré à 12’11’’, alors que l’amplitude moyenne du Top 5 sur les 25 dernières éditions est de 1h37’45’’ ! De plus, le 6e du classement n’est autre que son coéquipier Sébastien Loeb, à 17’36’’, dont on connaît le potentiel en termes de remontada.
Légèrement derrière, le match des deux roues motrices se joue essentiellement chez MD Rallye Sport, et il est particulièrement disputé entre le leader Simon Vitse et son premier poursuivant Christian Lavieille, à 12 minutes. Dans la catégorie Stock, le constructeur Defender a réussi l’entrée en action de sa Dream Team, dont le chef de file est finalement Rokas Baciuska, en tête depuis la première étape, avec 44 minutes d’avance sur Stéphane Peterhansel qui vit un retour à la dure sur le Dakar. C’est également le cas de Sara Price, dont les problèmes sur la première étape ont permis au Toyota Land Cruiser de Ronald Basso de s’intercaler sur le podium provisoire.
Challenger : Navarro émerge du chaos
Sept spéciales, six vainqueurs différents, trois leaders au général. La catégorie Challenger est plus ouverte que jamais depuis Yanbu, et l’étape 6 n’a fait qu’ajouter au suspense. À la veille de la journée de repos, Pau Navarro occupe les commandes. L’Espagnol a construit son avance sur la régularité, enchaînant les places d’honneur sans jamais craquer. Une stratégie payante qui lui permet d’aborder la seconde semaine avec un petit coussin de 5 minutes sur son plus proche poursuivant, en la personne de Nicolas Cavigliasso.
Le champion W2RC en titre et vainqueur du Dakar 2025 a décroché sa sixième victoire d’étape en Challenger lors de l’étape 4 et reste à l’affût du moindre faux pas de Navarro. L’Argentin, épaulé par son épouse « Valen » Pertegarini dans le baquet de droite, connaît le chemin de la victoire et entend bien ajouter un Dakar à son palmarès.
Le grand perdant de la première semaine s’appelle Yasir Seaidan. Le Saoudien, premier pilote de son pays à avoir mené le classement général Challenger, semblait parti pour reprendre les commandes vendredi. Leader de la spéciale au km 204, il a vu ses espoirs s’envoler après un problème mécanique qui lui a coûté 48’. De prétendant au titre, il passe à près de trois quarts d’heure du leader.
La catégorie a aussi mis au grand jour le talent de Puck Klaassen, cinquième femme à remporter une étape dans une catégorie du Dakar, et Ignacio Casale, vainqueur vendredi pour la 24e fois de sa carrière sur l’épreuve entre quads et Challenger, au volant de son Taurus T3.
SSV : Heger, le métronome
À mi-parcours de ce 48e Dakar, Brock Heger survole la catégorie SSV. Le tenant du titre n’a laissé que des miettes à la concurrence depuis le coup d’envoi à Yanbu. Vainqueur du prologue comme l’an passé, l’Américain a immédiatement donné le ton. Deux victoires d’étapes plus tard, le Californien aborde la journée de repos avec une avance confortable de 33’ sur son plus proche poursuivant.
Derrière lui, son coéquipier Xavier de Soultrait incarne la résistance. Le vainqueur de l’édition 2024 a prouvé qu’il n’avait rien perdu de sa superbe en remportant les étapes 1 et 6. Mais le Français accuse un retard conséquent et devra compter sur un faux pas de son leader pour espérer reconquérir le trône.
Le duo Polaris verrouille les deux premières places du classement général, illustrant la domination de la marque américaine. Car c’est bien le duel Polaris / Can-Am qui anime cette première semaine. Malgré neuf machines officielles engagées, le constructeur canadien ne compte qu’une victoire grâce à Kyle Chaney. « Chaleco » Lopez et Jeremias Ferioli ont multiplié les attaques, sans jamais concrétiser. L’Argentin, double vainqueur à Riyadh par le passé, a encore vu le succès lui échapper vendredi après un arrêt à quelques kilomètres de l’arrivée. La bataille promet d’être intense en seconde semaine.
Camions : Van Den Brink profite du naufrage de Macik
L’étape 6 a redistribué toutes les cartes chez les camions. Martin Macik, double tenant du titre, a vécu un vendredi cauchemardesque qui rebat complètement la hiérarchie à la veille de la journée de repos. Tout avait pourtant bien commencé pour le Tchèque. Après une victoire pleine de maîtrise à AlUla lors de l’étape 4, il avait pris les commandes du classement général et semblait en mesure de contrôler la course.
Mais les 331 kilomètres de spéciale entre Hail et Riyadh ont tout changé. Immobilisé en piste, Macik est sorti des rails qui semblaient le mener tout droit vers le triplé. À l’arrivée, l’addition est salée : 35’ de retard sur le nouveau leader.
Ce leader, c’est Mitchel Van Den Brink. Le Néerlandais de 24 ans, qui avait déjà remporté le prologue et l’étape 3, récupère le fauteuil qu’il avait occupé en début de semaine. Solide et régulier, le pilote qui officie au volant d’un MM Technology préparé par Macik himself aborde la seconde partie de ce Dakar en position idéale.
Derrière lui, Ales Loprais savoure. Le vétéran tchèque a décroché vendredi sa 20e victoire d’étape sur le Dakar. Il pointe désormais à la troisième place du général. Vaidotas Zala, auteur d’une course régulière, figure au pied du podium provisoire où à peine plus de dix minutes séparent les trois hommes.
DAKAR CLASSIC : UN DEF’ AU DÉFI
Ils sont 94 véhicules d’avant 2005 à avoir rallié la journée de repos sur les 97 partants de la 6e édition du Dakar Classic. Parmi les trois abandons, le Nissan numéro 701 de Lorenzo Traglio, qui faisait office de favori après ses deux deuxièmes places. Un coup dur pour l’équipe Tecnosport, dont le pick-up a refusé de démarrer au départ de l’étape 6, la dernière de la première semaine.
Le patron de la première mi-temps est Karolis Raysis. Le Lituanien a trouvé un navigateur qui sait parler à l’oreille de son Defender en la personne du Français Christophe Marques, spécialiste de l’instrumentation de navigation. Le duo a occupé la moitié des étapes au sommet de la hiérarchie.
Mais le Dakar Classic n’est pas qu’une histoire d’hommes. Deux couples dans la vie comme dans l’habitacle sont sur le podium. Les Italiens Marco Leva et Alexia Giugni dans leur Pajero (+97 pts) et le seul équipage d’anciens vainqueurs Juan Morera et Lidia Ruba, qui courent toujours après leur idée de faire gagner leur Porsche 959 replica (+131 pts).
Durant deux jours au pouvoir, l’autre Def’ des Français Maxence Gublin et Anthony Sousa (+165 pts) est en embuscade. La deuxième semaine, avec plus de super régularité, ce « mix » 2026 de navigation (kilométrage exact entre deux points) et de régularité (temps idéal entre deux points), réserve encore son lot de surprises. La parade le long de la Mer Rouge, aux airs de Lac Rose, est encore un mirage lointain !
