J-1 : mer rouge, feu vert
2 janvier 2026
- 19:50
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À retenir :
- Les protagonistes sont en place pour la 48e édition du Dakar, après en avoir terminé avec les deux journées de vérifications techniques et administratives à Yanbu, sur les bords de la Mer Rouge.
- Pour tenter de succéder au Saoudien Yazeed Al Rajhi et au Toyota Hilux, deux constructeurs fraîchement arrivés sur l’épreuve affichent un potentiel très crédible : les Dacia Sandriders emmenés par Sébastien Loeb, Nasser Al Attiyah et Lucas Moraes ; et les Ford Raptor de Carlos Sainz, Nani Roma et Mattias Ekstrom.
- Le grand match de la catégorie motos se joue entre les Red Bull KTM Factory Racing du tenant du titre Daniel Sanders et les Monster Energy Honda HRC dont Tosha Schareina a été le plus grand rival tout au long de la saison dernière.
- Côté camions, le Tchèque Martin Macik visera un triplé consécutif rarement réalisé dans l’histoire du Dakar, mais roulera sous la menace de ses deux poursuivants sur le podium final 2025 : le jeune Néerlandais Mitchel van den Brink ; et un autre Tchèque, Ales Loprais. Deux titres sont également en jeu chez les Challenger avec le couple Cavigliasso-Pertegarini qui se présente en favoris, et une bataille qui se prépare en SSV entre les Polaris (Hegger, De Soultrait, etc.) et les Can-Am (Lopez, Andujar, etc.).
- Pour commencer la grande boucle de plus de 8000 kilomètres à parcourir jusqu’à l’arrivée à Yanbu le 17 janvier, c’est sur une mini boucle de 22 kilomètres qu’a été dessiné le prologue du Dakar 2026. Les temps enregistrés ne seront pas pris en compte au classement général pour les équipages FIA, mais le chrono sera bel et bien déclenché pour les motos.
SÉBASTIEN LOEB : « J’AI REUSSI À TROUVER LE BON RYTHME »
Et si c’était la bonne ? Sébastien Loeb attaque cette année son 10e Dakar, l’épreuve qui lui résiste comme nulle autre, bien qu’il ait atteint le trio de tête final à cinq reprises et empilé 28 scratchs depuis ses débuts en 2016. En tout cas, les signaux sont au vert puisqu’il reste sur une série de trois podiums consécutifs sur la saison de W2RC, dont une victoire pour la première fois sur le Rallye du Maroc : « J’ai réussi à trouver le bon rythme, le bon niveau d’attaque sur les dernières courses, admet l’Alsacien. Mais cela s’est joué à rien, c’était hyper serré, la concurrence est là. En attaquant à bloc, on était tous dans les mêmes temps. Cela veut dire que c’est très ouvert ». L’écurie des Dacia Sandriders table également sur Nasser Al Attiyah pour propulser une de ses quatre autos au sommet. Le Qatarien a déjà 5 trophées sur sa cheminée à Doha, et a même renoncé aux championnats du monde de tir qui se tiennent dans quelques jours au Qatar pour essayer de retrouver le frisson de la victoire sur le Dakar. Il croit donc forcément en ses chances et n’abdique pas face à la génération montante : « C’est toujours mon rêve de gagner le Dakar. La compétition est de plus en plus relevée et on aime ce challenge. Et je continue de progresser : j’ai plus d’expérience et je me sens bien sur tous les terrains, le sablonneux comme le rocailleux ». En fin d’année 2025, Al Attiyah a été privé d’un 10e titre mondial (W2RC + Coupe du monde de rallye-raid FIA) par l’un des pilotes les plus en vue du moment, Lucas Moraes, avec qui il partagera ses repas à la cantine du paddock Dacia. Le Brésilien, 3e à l’occasion de son baptême en 2023, fera à l’occasion du prologue ses débuts en compétition avec la Sandrider, mais entend bien faire valoir ses droits : « J'espère que nous pourrons progresser avec régularité et livrer une belle bataille lors de la deuxième semaine. »
CARLOS SAINZ : « CE SERA TRÈS SERRÉ »
Parmi les forces en présence pour le titre en Ultimate, les Ford Raptor ont le même niveau d’ancienneté sur le Dakar que les Dacia Sandriders. Pour la comparaison des palmarès de leurs pilotes, on n’est pas loin de l’égalité parfaite aussi, puisque les cinq titres de Carlos Sainz et Nani Roma valent bien ceux concentrés sur le seul CV de Nasser Al Attiyah. L’année dernière, la marque américaine avait mieux terminé le Dakar, avec Mattias Ekstrom sur le podium (3e) juste devant Al Attiyah. Et bien qu’il ait dû quitter prématurément la course il y a un an, Sainz ne fait pas de complexes vis-à-vis de ses rivaux désignés : « Dacia était déjà à un bon niveau l’an passé, mais cette année nous sommes probablement meilleurs tous les deux et Toyota aussi. Je pense que ce sera très serré, on l’a déjà vu au Maroc. Nous devons être une douzaine d’équipages à pouvoir remporter la course ». Le leader de l’écurie inclue certainement parmi eux son compatriote Nani Roma, au fait plus que quiconque que les aléas du Dakar sont imprévisibles : « Je me souviens que lorsque j’étais tenant du titre en 2015, j’ai dû abandonner après seulement trois kilomètres dans la première spéciale, pour une casse moteur qui n’aurait jamais dû se produire ! Alors mon expérience me permet d’aborder la course avec calme et de me méfier des pronostics ». La voix de la sagesse…
DANIEL SANDERS : « LA COURSE SE JOUERA JUSQU'À LA LIGNE D'ARRIVÉE »
Un pilote a survolé la saison 2025 dans la catégorie motos. Le tenant du titre est aussi devenu champion du monde W2RC et s’approche du Dakar avec le costume de grand favori. L’année dernière, le leader des KTM avait commencé par s’imposer sur le prologue et n’avait plus quitté le sommet du classement général jusqu’à Shubaytah, mais ne se projette pas vers une quinzaine aussi monochrome. « Je pense que la course se jouera jusqu'à la ligne d'arrivée. Il semble que cela va devenir plus difficile à mesure que la course avancera. Le pilote qui sera là tout le temps et n'aura pas de mauvaise journée sera en tête. Et cette année, il y a beaucoup de jours pour y parvenir ». Conséquence naturelle de son festival 2025, le pilote australien porte le dossard numéro 1, et s’élance surtout avec un statut privilégié au sein de l’équipe Red Bull KTM Factory Racing. En cas de pépin, il devrait pouvoir compter sur le soutien d’Edgar Canet (8e en 2025) et de l’ancien champion du monde Luciano Benavides, qui auront aussi à cœur de soigner leur prestation personnelle.
TOSHA SCHAREINA : « J’AIME CETTE PRESSION »
Sur la période saoudienne du Dakar, il y a pour l’instant 3-3 entre les motos du groupe KTM et les Honda. Parmi les pilotes qui ont conservé l’habit rouge, Ricky Brabec reste le seul ancien vainqueur, mais le Monster Energy Honda HRC ne manque pas d’atouts pour prendre l’avantage. Les chances de succès reposent en premier lieu sur Tosha Schareina, dauphin de Sanders en janvier dernier comme à l’issue de la saison de W2RC, conclue par une victoire sur le Rallye du Maroc. L’Espagne n’a plus gagné la catégorie depuis Marc Coma en 2015, mais tient peut-être son porte-drapeau le plus crédible depuis lors. Sur son 5e Dakar, il lui reste à grimper la marche la plus exigeante : « C'est un privilège pour moi que tout le monde me regarde pour la victoire. J'aime cette pression. On s’est préparé pour le Dakar toute l'année, on est motivé et prêt ». Le podium 2025 était occupé par deux pilotes Honda, puisqu’Adrien Van Beveren avait terminé 3e. Le Nordiste représente donc un atout supplémentaire pour la marque japonaise, et se considère même dans la forme de sa vie pour enfin accomplir son destin, à sa 11e participation : « Forcément je rêve de victoire, et j’ai hâte que le match commence. J’aurais tendance à dire que Sanders est très fort, Tosha aussi. La pression est sur eux, ils ont montré qu’ils étaient les hommes forts en remportant toute les courses de la saison. Mais sur le Dakar il ne faut pas regarder les autres, et plutôt ce qu’on est capable de faire soi-même. Ça, je l’ai aussi appris par mon expérience ».
QUAND LES POIDS LÉGERS PÈSENT LOURD
« Bataille rangée chez les SSV », tel pourrait être le titre du feuilleton dont le générique a défilé aujourd’hui aux vérifications. Vainqueur depuis deux éditions, l’équipe officielle Polaris s’est présentée avec cinq fines lames, soit plus de RZR que jamais. Brock Heger a un titre à défendre, Xavier de Soultrait une ceinture (2024) à reprendre et Johan Kristoffersson, octuple champion du monde de rallycross, une discipline à apprendre. L’équipe Santag qui accueille l’ancien motard Helder Rodrigues est en renfort, tout comme le vainqueur W2RC 2025 Alexandre Pinto. Face aux SSV américains, Can-Am fait le poids avec pas moins de neuf Maverick R engagés aux couleurs du constructeur, et répartis au sein de trois équipes. L’Amérique du nord est emmenée par Hunter Miller et Kyle Chaney, celle du sud par un multiple vainqueur comme « Chaleco » Lopez et un talent déjà sacré en quad, Manuel Andujar. En Challenger, Nicolas Cavigliasso adopte une stratégie de défense de son titre toute opposée. L’Argentin a décidé depuis quelques mois de s’isoler dans sa propre structure Vertical Motorsport « tout en conservant mon technicien et mon mécanicien et en constituant, pour mieux le maîtriser, mon propre stock de pièces ». Deux Saoudiens pourraient bien contrecarrer ses plans : Dania Akeel et Yasir Seaidan. A moins que la menace ne vienne de son compatriote Davide Zille.
W2RC : L’ASCENSION NE FAIT QUE COMMENCER
Everest du rallye-raid, le Dakar est aussi le premier des cinq sommets du calendrier de la saison de W2RC depuis 2022. Pour 2026, la conférence de lancement s’est tenue cet après-midi sous un tente traditionnelle saoudienne. Un cadre convivial dans lequel David Castera a dressé le cadre de la cinquième saison : « Je suis fier du calendrier 2026 mais aussi heureux de recevoir de plus en plus de demandes de la part des concurrents, mais aussi de sollicitations de pays organisateurs comme le Chili, l’Italie ou la Chine. Cela révèle la qualité et le potentiel de ce championnat qui va nous permettre, tous ensemble, de continuer à faire grandir la discipline. » Après le Dakar, la caravane du rallye-raid se retrouvera en Europe en mars au camp de base de Grandola pour la 3e édition du bp Ultimate Rally-Raid Portugal, avec Loumé en Algarve comme nouvelle ville d’arrivée. Le Desafio Ruta 40 fera ensuite son retour fin mai, avec Mendoza comme nouvelle ville étape, bien connue du Dakar. Marc Coma, le quintuple vainqueur du Dakar à moto et nouveau directeur du Rallye du Maroc, est venu annoncer la continuité de la philosophie et du format de la course, qui partira d’une grande ville du royaume chérifien fin septembre pour rejoindre un bivouac central. Mahir Badri (EMSO), l’organisateur de l’Abu Dhabi Desert Challenge a rappelé qu’en devenant cette année la finale en novembre, la doyenne des calendriers des championnats FIM et FIA allait retrouver ses dates originelles.
DAKAR CLASSIC : LE PLAISIR N’ATTEND PAS LE NOMBRE DES ANNÉES
Hier, les motards sans assistance de la catégorie Original by Motul ont reçu la visite du directeur du Dakar. Ce matin, ce sont d’autres concurrents animés par la tradition des premiers Dakar qui étaient invités à un briefing. Ceux du Dakar Classic, la course qui s’apprête à vivre sa 6e édition en marge de la compétition moderne de vitesse. Embarqué dans des véhicules anciens et au rythme de la régularité, David Castera a tenu à saluer « l’importance et l’ampleur » prise en quelques années par ce format « historic ». Une course qui a aujourd’hui déjà ses spécialistes mais qui continue à accueillir des « passionnés de mécanique et de l’histoire du Dakar », qui auront droit une nouvelle fois cette année à un privilège : celui de « parcourir des endroits magnifiques où le Dakar lui-même ne peut pas se permettre de passer ».
