Dakar 2022 - Étape 5 | Petrucci et Lategan, en première classe

Dakar 2022 | Étape 5 | Riyadh > Riyadh
6 janvier 2022 - 14:20 [GMT + 3]

L’ŒIL DANS L’OBJECTIF
C’était une journée inédite sur le Dakar. En Amérique Latine, des portions spécifiques pour les motos avaient vu le jour, aujourd’hui, c’est l’intégralité de l’étape qui était différente pour les catégories FIA et FIM. Les unes et les autres ont emprunté des parcours en boucle autour de la capitale, les autos s’élançant dans leur spéciale au petit matin comme les motards, habitués à être les seuls à remonter leurs réveils en plein milieu de la nuit pour quitter le bivouac. Récompense pour les catégories FIA à ce lever avant l’appel à la première prière, les plus rapides sont arrivés au bivouac pour profiter du soleil de début d’après-midi. Avant, 421 km de spéciale au Nord de Riyadh ont mené la caravane sur quatre roues jusque dans la province d’Ach-Charquiya, à l’Est du royaume, bordée par les rives du golf Arabique. Le carrefour des grandes civilisations du Levant, de Mésopotamie et des Indes. Chez les motos, la spéciale de 346 km à l’Est de Riyadh était plus courte mais a réservé son lot de surprises. Demain, à la veille de l’étape de repos, on échange les boucles : celle de l’Est pour les autos, les motos au Nord. Une journée charnière, à l’issue de laquelle tous les ténors souhaitent accrocher des positions stratégiques avant le chemin du retour vers Jeddah.

Le résumé du jour présenté par Gaussin - Étape 5 - #Dakar2022

L’ESSENTIEL
La réputation de leur talent les avait précédés l’un comme l’autre. Mais en remportant leur première spéciale sur le Dakar, Danilo Petrucci à moto et Henk Lategan chez les autos viennent de gagner un tout autre statut. Star des circuits de Moto GP, le pilote italien de KTM avait logiquement été inscrit en Rally 2 pour sa première participation à un rally-raid. Venu pour apprendre, il s’impose devant les pilotes les plus expérimentés de la discipline à son sixième jour de course. Voilà ce qu’on appelle un élève surdoué (voir La Perf’), même si « Petrux » n’a pas eu à assurer la navigation pour s’imposer sur la spéciale du jour et a bénéficié d’une pénalité infligée à Toby Price, le plus rapide sur le sable et dans les caillasses, pour rafler la mise en fin de journée. Le terrain n’a pas mis en difficulté le trio Sunderland-Walkner-Van Beveren, toujours en tête du classement général dans un mouchoir de poche, mais a en revanche mis au tapis quelques prétendants. Joan Barreda se retrouve même incertain pour demain (voir Le coup dur), tandis que le staff de Husqvarna a annoncé l’abandon de Skyler Howes. En quads, Giroud s'impose devant Wisniewski et Copetti le devance à présent au général provisoire. En autos, le phénomène Henk Lategan avait déjà brillé l’année dernière avant de quitter le Dakar pendant la 5e étape. Cette fois le jeune virtuose du volant a encore laissé des morceaux de voiture en chemin, en même temps que des heures qui l’empêcheront de viser le podium, mais s’est offert une démonstration : 2 minutes de mieux que Sébastien Loeb, 2e sur les 421 kilomètres au programme du jour. Juste derrière, Lucio Alvarez (3e) et Mathieu Serradori (4e) se montrent également à un niveau qui leur autorise de viser haut à horizon Jeddah. Nasser Al Attiyah se charge pour le moment de surveiller Loeb, mais devra également garder un œil sur son coéquipier argentin chez Toyota, 3e du général. Les « Proto-légers » sont toujours dominés par le duo de South Racing « Chaleco » Lopez et Sebastian Eriksson, séparés de 22 minutes, et qui laissent Seth Quintero enchaîner les chronos : victoire d’étape numéro 5 pour le « kid ». En SSV, Austin Jones a en revanche été délogé de son fauteuil de leader par le Brésilien Rodrigo Luppi de Oliveira, tous deux également embarqués dans des Can-Am : ils sont séparés de 4 minutes. Enfin, Sotnikov remporte une 3e étape cette semaine et conserve la tête du général sans être à l’abri de son coéquipier Eduard Nikolaev, 2e à moins de dix minutes.  

#205 Al Rajhi Yazeed (sau), Orr Michael (gbr), Overdrive Toyota, Toyota Hilux Overdrive, Auto FIA T1/T2, W2RC, action during the Stage 5 of the Dakar Rally 2022 around Riyadh, on January 6th 2022 in Riyadh, Saudi Arabia
#205 Al Rajhi Yazeed (sau), Orr Michael (gbr), Overdrive Toyota, Toyota Hilux Overdrive, Auto FIA T1/T2, W2RC, action during the Stage 5 of the Dakar Rally 2022 around Riyadh, on January 6th 2022 in Riyadh, Saudi Arabia © A.S.O. / C.Lopez
#225 Lategan Henk (zaf), Cummings Brett (zaf), Toyota Gazoo Racing, Toyota GR DKR Hilux T1+, Auto FIA T1/T2, action during the Stage 5 of the Dakar Rally 2022 around Riyadh, on January 6th 2022 in Riyadh, Saudi Arabia
#225 Lategan Henk (zaf), Cummings Brett (zaf), Toyota Gazoo Racing, Toyota GR DKR Hilux T1+, Auto FIA T1/T2, action during the Stage 5 of the Dakar Rally 2022 around Riyadh, on January 6th 2022 in Riyadh, Saudi Arabia © A.S.O. / C.Lopez
#203 Przygonski Jakub (pol), Gottschalk Timo (ger), X-Raid Orlen Team, John Cooper Works Buggy, Auto FIA T1/T2, action during the Stage 5 of the Dakar Rally 2022 around Riyadh, on January 6th 2022 in Riyadh, Saudi Arabia
#203 Przygonski Jakub (pol), Gottschalk Timo (ger), X-Raid Orlen Team, John Cooper Works Buggy, Auto FIA T1/T2, action during the Stage 5 of the Dakar Rally 2022 around Riyadh, on January 6th 2022 in Riyadh, Saudi Arabia © A.S.O. / C.Lopez

LA PERF DU JOUR

A 31 ans, Danilo Petrucci participe à son premier Dakar et apprend à trois cent à l’heure. Rien d’étonnant pour une jeune retraité des circuits de Moto GP qui y a passé dix ans de sa vie. Auteur de dix podiums et de deux victoires dans la catégorie reine, l’Italien avait bien failli ouvrir son compteur en rallye-raid dès hier. Annoncé 3e de l’étape 4 de sa nouvelle carrière, « Petrux » avait écopé au bivouac de 10’ de pénalité… pour excès de vitesse. Un comble ! Après le gravier des bordures de piste, le pilote Tech 3 KTM a goûté aujourd'hui au sable d’Arabie Saoudite en évitant un dromadaire. « J’ai eu droit à ma première chute en rallye-raid. Après cela, je me suis calmé et Kevin Benavides m’a rattrapé et on a fini la spéciale ensemble ». A l’arrivée, le stagiaire de l’équipe KTM qui se permet de suivre le rythme du tenant du titre après seulement cinq jours d'expérience était signataire du 2e temps. Ironie du sort, c’est lui qui, à son tour, a bénéficié d’un excès de vitesse en arrivant à Riyadh. Celui de son coéquipier Toby Price qui était auteur du meilleur chrono du jour mais reçoit 6' de pénalité. Jamais on n’a vu un pilote de Moto GP devenir du jour au lendemain pilote officiel sur le Dakar. Et il y a fort à parier que Petrucci va continuer à casser les codes du "rookie" d’ici Jeddah et la saison prochaine en championnat du monde où il est déjà inscrit pour le compte de l’usine de Mattighofen.


LE COUP DUR DU JOUR
Quand on a Joan Barreda aux trousses, il est difficile de ne pas craquer sous la pression. Mais lorsque l’Espagnol se retrouve dans la position du « chassé » avec la tâche ingrate d’ouvrir la voie à ses adversaires, la tendance est souvent différente. Après avoir gagné la spéciale de la veille, le pilote aux 29 victoires d’étapes (au moins une chaque année depuis maintenant 2012) est parti en éclaireur. Dès le premier intermédiaire, « Bang Bang » lâchait déjà plus de deux minutes et la dynamique n’a fait que s’amplifier au fur et à mesure de la course, jusqu’à cette faute entre les km 265 et 270 : Barreda a chuté et s’est fait mal à l’épaule. C’est son coéquipier Pablo Quintanilla qui l’a aidé à se relever pour reprendre le guidon de sa Honda 450 CRF et rallier l’arrivée. Il a perdu plus de 20’ dans la manœuvre et les chances d’accrocher son tout premier podium au Dakar (oui, son tout premier !) en prennent un petit coup. Désormais pointé à 22’58’’ de Sam Sunderland, il peut toujours se lancer à nouveau dans une de ces « remontada » dont il a le secret, et améliorer la 5e place qu’il a obtenue en 2017. Son épaule en vrac ne lui en laissera peut-être pas l’opportunité, le pilote et le staff médical de son équipe ayant préféré attendre demain pour décider de la poursuite de l’aventure. Le gaillard est quand même habitué à serrer les dents très fort.

LA STAT’ DU JOUR : 33
Frappé par la malchance à plusieurs reprises depuis ses débuts l’an dernier, Henk Lategan a souvent frôlé la plus haute marche du podium avant qu’elle ne lui échappe. Même aujourd’hui, le pilote Toyota du team sud-africain Gazoo Racing a dû composer avec une portière qui ne voulait pas se fermer, c’est dire ! Une victoire au Dakar, ça se mérite, mais c’est chose faite ; à 27 ans, le Sud-Africain a enfin inscrit un succès sur son tableau de chasse. En accomplissant un tel exploit, il permet à l’Afrique du Sud de porter à 33 son total de scratches au Dakar. Au passage, il ajoute son nom à la liste des plus grands de son pays à l’image de Giniel De Villiers (17 victoires) ou d’Alfie Cox (8) dont le fils Bradley dispute son premier Dakar cette année à moto et se bat pour le titre en Rally2 face à Mason Klein. Parmi les succès de la nation arc-en-ciel, celui de Lategan présente aussi la particularité d’avoir été conquis dans un véhicule en partie développé au pays, par le team Gazoo Racing. Décidément, l’Afrique du Sud nous réserve de belles surprises.


W2RC : LOEB REVIENT AU SCORE

En signant sa plus petite journée depuis le début de la première manche du championnat du monde des rallyes, Al Attiyah permet à Loeb, vainqueur du jour, de revenir à égalité de points. Si la bataille pour la couronne à Jeddah est annoncée depuis plusieurs jours entre les deux hommes, il semble que le mano a mano soit bien parti pour durer toute l’année ! 18 points chacun après 5 jours de championnat. Derrière eux, avec la moitié de points, Al Rajhi et Alvarez sont en renfort de Nasser pour le titre constructeur qui sourit pour le moment à Toyota. Mais Nani Roma est 5e avec 8 points, prêt à épauler Loeb pour Prodrive. En T3, autre duel au sommet. Seth Quintero sur le OT3 Red Bull Off-Road Junior Team qui a réussi à redresser la barre de sa journée vierge de l’étape 2. Il reprend la main avec 20 points, contre 19 pour Francisco Lopez de chez EKS South Racing. On retrouve derrière eux un scénario identique à celui des T1. Deux coéquipiers du leader ceinturent « Chaleco » grâce à Cristina Gutierrez et Guillaume de Mévius. En T4, Austin Jones, le pilote Can-Am Factory South Racing, n’a toujours pas empoché les 5 points d’une victoire d’étape. Le Polonais Michal Goczal du Cobant-Energylandia Rally Team en arbore deux avec 17 points au total contre 16 pour l’Américain qui joue la régularité, ex aequo avec le pilote South Racing Can-Am Rodrigo Luppi de Oliveira. En T5, Martin Macik de chez Big Shock Racing empoche une 4e victoire d’étape sur cinq spéciales, soit 23 points sous la bâche contre 18 pour Kees Koolen aux couleurs de Project 2030. A moto, bien qu’il faille attendre la fin du Dakar pour attribuer des points aux pilotes et aux constructeurs, GasGas continue de truster le classement virtuel avec Sunderland toujours en tête de la course, suivi du champion du monde en titre sur KTM Matthias Walkner. Daniel Sanders, juste derrière l’Autrichien au championnat, conforte la position de la marque originaire de Gerone. En Rally2, les rookies Mason Klein et Bradley Cox tiennent toujours tête au meilleur français du Dakar 2021, Camille Chapelière.


SUR UN AIR DE CLASSIC
Andrej Klymciv n’est pas un nouveau venu sur le Dakar. Mais son profil parmi les engagés du Dakar Classic dénote autant que son véhicule. Rares sont les jeunes retraités du guidon à sauter directement sur la case de l’historique. Le Tchèque a fait son apparition à moto en 2015 et signé une 20e place prometteuse, avant de se hisser à la 12e position en 2017. Une performance entre deux années marquées par de lourdes chutes qui le contraignent finalement à faire une croix sur ses espoirs d’intégrer une équipe officielle. L’an passé, il est revenu dans les rangs des compétiteurs. Un engagement de dernière minute sur le Dakar Classic dans une Skoda L130, une deux roues motrices pas des plus à l’aise dans les sables d’Arabie Saoudite ! Un choix audacieux, mais incontournable pour lui. Sa Skoda est le seul modèle de la marque à avoir couru en groupe B et à être admissible selon ses recherches : « c’est un véhicule tchèque, c’est une partie de notre cœur, elle a aussi seulement deux mois de plus que moi. Quand j’étais enfant sous l’ère communiste, nous n’avions pas assez d’argent pour nous payer ce genre de voiture, nous avions des Trabant deux temps. Celle-ci était celle de ma tante, j’ai des souvenirs d’enfance dedans ». Comme ceux du bruit de la charnière et du claquement caractéristique de la portière du conducteur qu’Andrej ne se lasse pas de faire claquer. Cette année, il a entièrement revu la copie de la Skoda qui a pris quinze centimètres de garde au sol. Une transformation chronophage, Andrej n’avait fait que 5 km sur la route avant de partir vers Marseille. Pas de quoi faire douter le grand Tchèque dont les prétentions ont elle aussi été revues à la hausse puisqu’il affirme viser le podium. Andrej occupait la 9e place du général provisoire ce matin avec son nouveau copilote Tomas Bohm, mécanicien l’an passé. « On est bons amis, je pense que c’est plus important que d’être un navigateur professionnel ». Une vision classique du rallye-raid, romantique assurément.


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