Loeb, Van Beveren, Giroud, De Soultrait : mousquetaires d’Arabie

Dakar 2024 | Étape 6 | SHUBAYTAH > SHUBAYTAH
12 janvier 2024 - 17:10 [GMT + 3]

L’œil dans l’objectif

Tout le monde n’est pas armé de la même façon pour affronter l’Empty Quarter. Le programme était encore dunaire pour la deuxième partie de la 48h chrono, mais la portion de dunes pouvait varier dans de grandes proportions. Ainsi, quatre motards avaient passé la nuit au point de repos A, en compagnie d’une cinquantaine d’autos et camions et avaient donc encore 425 km (FIM) et 354 km (FIA) à parcourir dans les toboggans de sable pour en finir avec cette première semaine du Dakar. Pendant ce temps, les champions avaient pu atteindre l’établissement qui leur était réservé, à savoir le point F, d’où il ne restait plus que 112 km (FIM) et 71 km (FIA). Sur la ligne d’arrivée, les honneurs de l’étape ont été raflés par quatre pilotes français, une première dans l’histoire du rallye. Ce sont toutefois un Américain, Ricky Brabec ; et un Espagnol, Carlos Sainz, qui entameront la deuxième semaine en tête du Dakar.

Le résumé de l'Étape 6 présenté par Aramco - #Dakar2024

L'ESSENTIEL

Il se dit souvent que le Dakar donne des leçons de vie. Celle qui a été dispensée par la 48h chrono tient certainement aux vertus de la persévérance dans la poursuite de ses objectifs. Le sable mou s’est montré bien dur avec Pablo Quintanilla hier, et les bénéficiaires d’aujourd’hui affichent par le geste leur adéquation avec les exigences du rallye-raid. Constant depuis le départ d’AlUla, Ricky Brabec affiche sa solidité et n’a commis aucune faute sur le trajet retour à Shubaytah, ce qui lui permet de prendre la tête du classement général et d’entretenir l’espoir d’un deuxième titre après 2020. Et sur l’exercice de la 48h chrono, Adrien Van Beveren a pu affirmer qu’il était à sa façon né dans le sable : ses victoires au Touquet, mais aussi sur l’enduro del verano en Argentine, ont forgé une technique et un physique qui le rendent presque intouchable dans le sable. Les efforts consentis pour acquérir cette maîtrise lui donnent avec son succès du jour l’une des récompenses les plus savoureuses de sa carrière, avec la perspective de participer au match final. Il semblait presque évident que dans le combat de l’Empty Quarter, Yazeed Al Rajhi et Nasser Al Attiyah, de réels enfants des dunes, partaient avec plusieurs longueurs d’avance. Après que le leader du général ait voltigé de façon rédhibitoire avec son Hilux, le quintuple vainqueur a doublement créé la mauvaise surprise sur ce qui devait être son étape : en s’enlisant hier, et en perdant 2h45 au total après une casse mécanique aujourd’hui (voir coup dur). En revanche, les Audi achèvent le test majeur de l’Empty Quarter avec les félicitations du jury, puisque Carlos Sainz et Mattias Ekstrom en sortent leaders du classement général. Immédiatement derrière eux dans la hiérarchie, Sébastien Loeb gagne une étape de prestige qui le replace dans une position favorable pour s’imposer : avec un déficit probablement pas insurmontable de 29 minutes sur le leader espagnol, et un collègue du calibre d’Al Attiyah pour chasser le titre qu’il rêve de décrocher depuis 2016.

SAINZ Carlos (spa), Team Audi Sport, Audi RS Q E-Tron E2, FIA Ultimate, FIA W2RC, portrait during the Stage 6 « 48 Hours Chrono » of the Dakar 2024 from January 11 to 12, 2024 around Subaytah, Saudi Arabia
SAINZ Carlos (spa), Team Audi Sport, Audi RS Q E-Tron E2, FIA Ultimate, FIA W2RC, portrait during the Stage 6 « 48 Hours Chrono » of the Dakar 2024 from January 11 to 12, 2024 around Subaytah, Saudi Arabia © A.S.O./E.Vargiolu/DPPI

LA PERF'

Il y a clairement un avant et un après 48h chrono dans la catégorie camions. Alors que le match pour la gagne semblait se réduire à un duel entre Janus van Kasteren et Ales Loprais, avec un léger avantage pour le Hollandais, les deux jours passés dans l’Empty Quarter ont été exploités comme un véritable tremplin par Martin Macik. Le pilote tchèque avait jusque-là été limité dans l’expression de son talent par plusieurs pénalités ainsi que des crevaisons. Mais il réalise sur l’étape 6 un sans-faute, pendant que les deux leaders ont à leur tour subi le terrain. Au total, il signe son dixième scratch dans la catégorie pour sa douzième participation au Dakar et prend surtout une option sur la victoire finale. Avec 1h16’ d’avance sur son compatriote Ales Loprais, il peut envisager différemment l’avenir à l’horizon du vendredi 19 janvier.

LE COUP DUR DU JOUR

Au menu, 71 kilomètres de dunes, soit la portion que Nasser Al Attiyah avale chaque matin au petit-déjeuner. On pouvait même y voir pour le pilote qatarien une opportunité de réduire légèrement le déficit concédé hier. Rien ne s’est pourtant passé comme espéré pour le quintuple vainqueur du Dakar, dont la route s’est arrêtée au km 530, après la casse du bras de direction à hauteur du porte-moyeu… en d’autres termes avec la roue avant-gauche de son Hunter fracassée. Il lui a fallu attendre l’assistance de son équipe pour réparer et reprendre sa route vers l’arrivée, où l’addition a été très salée. Le sixième titre étant maintenant hors de portée, on pourrait toutefois revoir « Nasser Al Attack » sur l’édition 2024, où il entend bien faire le plein de points en vue de la suite du W2RC. Mais il devra concilier cette collecte avec son nouveau rôle de lieutenant pour son ancien rival Sébastien Loeb. Dans le match qui se prépare face aux Audi, le soutien qu’il compte lui apporter peut également s’avérer décisif. Précisément au cas où le Français aurait lui aussi des difficultés à prendre soin de son matériel.

W2RC : Eryk Goczal reçu 5 sur 5

Eryk Goczal n’est pas un rookie comme les autres en Challenger. Un an après être devenu le plus jeune vainqueur du Dakar, gagnant en SSV à 18 ans, il domine avec autorité les débats de sa nouvelle catégorie. La pépite polonaise a remporté dans l'Empty Quarter sa cinquième spéciale de l’année. Cinq, c’est aussi sa place au « scratch » de l’étape, au milieu des puissants T1 de la classe Ultimate. Le tout en ayant pensé à son père Marek durant les deux jours, inquiet du problème mécanique qu’il a rencontré. Au classement général, le fiston mène avec déjà une heure d'avance sur son dauphin, Mitch Guthrie. Pris par ses études en 2023, il n’a pu disputer la suite du W2RC après le Dakar. Cette fois, il a bien l’intention de compléter la saison. Et de rentrer un peu plus dans l’histoire en devenant pourquoi pas, à 19 ans, le plus jeune vainqueur d’un titre mondial en rallye-raid…

LA STAT DU JOUR : 4,5

Carré d’as français aujourd’hui à l’arrivée de la première « 48h chrono » de l’histoire du Dakar ! Adrien Van Beveren a tiré le premier en décrochant le quatrième succès de sa carrière sur le Dakar. Ensuite, au tour de Sébastien Loeb, venu à bout de Carlos Sainz. Il est le premier à doubler la mise en autos sur ce Dakar et, au passage, il porte à 25 son nombre de scratches, égalant Hiroshi Masuoka, sixième pilote le plus victorieux dans la catégorie. Chez les quads, le double tenant du titre Alexandre Giroud a réussi à maintenir 25’’ d’avance sur son rival Manuel Andujar pour s’imposer. En presque 10h de spéciale, c’est à peine moins de 450 m, c’est dire à quel point c’est serré entre les deux leaders ! Enfin, Xavier De Soultrait a gagné pour la troisième fois sur ce 46e Dakar en SSV au volant du Polaris aux couleurs SLR, l’équipe de Loeb. En dehors de l’étape 1 durant laquelle il a joué la prudence et l’étape 3, victime d’un problème de boîte de vitesses, le Français a toujours figuré sur le podium. Quatre vainqueurs français sur une même étape, ce n’est jamais arrivé dans l’histoire du Dakar. Ce n’est pas suffisant ? Mention toute particulière à Jean-Loup Lepan, meilleur temps de la catégorie Rally 2. Il déloge son compatriote Romain Dumontier de la tête du classement général. Cocorico !


SUR UN AIR DE CLASSIC

En marge du combat des chefs qui a une nouvelle fois eu lieu aujourd’hui entre la Skoda de Klimciw et le Toyota de Santaolalla, le « Def » du duo Sousa-Gublin s’est invité. Vainqueur des deux tests de navigation, le Land Rover des Français a retrouvé ses instincts. Engagé deux fois en Afrique, en 1991 d’abord avant le Paris- Le Cap l’année suivante, ce Land Rover a aussi connu l’Amérique Latine en 2005. Il n’a jamais rallié l’arrivée et ses réanimateurs entendent bien laver cet affront sur le Dakar Classic. Une première estocade a été portée ce jour par ce Defender qui fait partie des 14 Iconic encore en course, ces véhicules qui ont déjà été marqué du fer des vérifications techniques des Dakar d’avant 2000. Il sont quatre Land cette année, dont deux Defender et deux Range. Victorieuse de la première édition du Dakar 1979, la marque anglaise n’a pas encore brillé sur le Dakar Classic. Un hommage au succès inaugural de Génestier et la récidive deux ans plus tard réalisée par René Metge serait pourtant la moindre des choses !

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