Dakar 2022 - Étape 11 | Sunderland et Al Attiyah, en mode majeur

Dakar 2022 | Étape 11 | Bisha > Bisha
13 janvier 2022 - 18:38 [GMT + 3]

L’OEIL DANS L’OBJECTIF

L’avant-dernière spéciale du Dakar a reçu les éloges « del Matador » qui y a planté sa deuxième victoire d’étape sur cette édition : « des herbes à chameaux, des dunes, encore des dunes, de la pierre, du lit de rivière, c’était très complet et difficile à ouvrir ».

Une boucle Bisha-Bisha qui prenait le cap plein Nord pour pénétrer la Province de la Mecque avant de faire demi-tour pour revenir dans l’Asir, à l’extrême Sud-Ouest du Royaume. Avec un total de 501 km, il était question de 346 kilomètres de secteur sélectif composés à 42% de sable et d’un tiers de dunes, parfois très molles, qui devaient permettre aux prétendants à la victoire de demain de faire la différence à l’amorce du dernier tour de piste.

« L’étape la plus dure de ce Dakar » synthétisait à son arrivée le motard Pablo Quintanilla, qui en a profité pour se placer deuxième du général provisoire derrière Sam Sunderland.

Le résumé du jour présenté par Gaussin - Étape 11 - #Dakar2022

L’ESSENTIEL

Il avait bien senti le traquenard se refermer sur lui. Parfait analyste de la situation dans laquelle il se retrouvait hier, Adrien Van Beveren était condamné à l’exploit pour éviter de voir ses rivaux directs et leur meute fondre sur lui. Au lieu de cela, c’est une foutue poignée de minutes d’hésitation sur un waypoint, après seulement 4 kilomètres de pistes, qui a rendu le défi ingérable. Les stratèges qui avaient pris soin de se calculer une position de départ favorable ce matin ont en revanche pu ouvrir les gaz au maximum. Le plus constant d’entre eux cette année, Sam Sunderland, a tiré les plus gros marrons du feu et a pu reprendre sa place au sommet tandis que Pablo Quintanilla, qui n’est pas le moindre des malins, se hisse maintenant au 2e rang, à 6’52’’ du leader qui peut maintenant avancer un peu plus sereinement vers la victoire. Matthias Walkner est lui-aussi passé devant Van Beveren qui se consolera difficilement avec la 4e place qui l’attend demain, le podium étant difficilement envisageable avec 8’15’’ de retard sur l’ancien vainqueur autrichien.

Au milieu de ce combat pour la gagne, Kevin Benavides s’est offert pour l’anecdote la 6e spéciale de sa carrière, un peu comme Carlos Sainz qui avait perdu bien plus tôt dans la course ses chances de podium. Le succès de l’Espagnol, son 41e sur le Dakar, n’a pas suscité d’émotion chez Nasser Al Attiyah qui en compte 44… et s’intéresse surtout à l’avantage qu’il dispose sur Sébastien Loeb. Après de nouveaux efforts du Français pour tenter de combler son retard, son gain à l’arrivée n’a été que de 4 minutes, qui plus est anéanti par une pénalité pour excès de vitesse. Une voie royale est ouverte à Al Attiyah sur l’étape de Jeddah, qu’il aborde avec un matelas de 33’19’’.

Le quadeur Alexandre Giroud semble paradoxalement plus stressé que le Qatarien à l’évocation de cette spéciale de 169 kilomètres, pour laquelle il a 2h41’ d’avance sur Kamil Wisniewski.

En T3, le festival Quintero a continué avec une 11e spéciale gagnée en 12 jours de course, pendant que « Chaleco » Lopez poursuit nonchalamment sa route vers le titre. C’est avec 55’ d’avance sur son coéquipier Sebastian Eriksson que le capitaine des South Racing prendra la route demain.

En revanche, son voisin de paddock engagé chez les SSV, Austin Jones, aura lui le trouillomètre au max, après avoir perdu sa place de leader et avec l’objectif de reprendre 1’41’’ à Gerard Farres pour s’imposer (voir la Perf' du jour).

Chez Kamaz, le leader de la course camions reste Dmitry Sotnikov, avec 8’18’’ de marge sur son partenaire Eduard Nikolaev.


LE COUP DUR DU JOUR
Il n’y a rien de plus frustrant que de trébucher à la veille de l’arrivée finale. C’est ce que vient de vivre Martin Michek ce jeudi… et pour enfoncer le clou, c’est la deuxième fois que qu’il goûte cette expérience amère.

Le Tchèque a disputé son premier Dakar il y a tout juste deux ans, mais il a dû rendre les armes presque comme aujourd’hui en raison d’un problème mécanique lors de l’avant-dernière étape. Frappé par une rare maladie du foie qui aurait dû nécessiter une transplantation selon les médecins, Michek a guéri miraculeusement et a repris le guidon de sa moto moins de deux mois après, avec pour objectif de remettre le couvert l’an dernier pour sa deuxième participation. Classé 10e, il a poursuivi son ascension jusqu’à remporter la coupe du monde FIM des bajas. C’est donc bien décidé à faire mieux cette année que le représentant KTM s’est aligné au départ.

Parmi les 10 premiers à l’arrivée à trois occasions, Michek abordait l’étape du jour en 18e position au général à près de 2h du leader, avec le statut de cinquième meilleur privé. Si la mission de faire mieux que l’an passé semblait compromise, le pilote RallyGP n’a pas baissé les bras… mais c’était sans compter sur la casse de sa roue avant, après deux pointages. Il a pu réparer sa machine pour repartir, mais le bilan est lourd : plus de 4h30’ sur la balance et la 37e place au général. Un coup dur pour le chef de file de la nouvelle école tchèque, mais il y a fort à parier qu’il n’ait pas dit son dernier mot. Il ne perd pas de vue l’objectif de devenir un jour pilote d’usine en rallye.


LA PERF’ DU JOUR

La discrétion a quelquefois ses vertus, y compris sur un bivouac du Dakar où l’on a facilement tendance à gonfler les pectoraux. Gerard Farres est du genre à avancer sans faire de bruit… mais à avancer tout de même. Durant sa carrière de motard, l’Espagnol s’est d’ailleurs longtemps contenté des rôles de seconds couteaux, porteur d’eau de Marc Coma en Afrique puis de « Chaleco » en Amérique. Et pourtant, il a conquis en filou le podium final à sa 10e participation, une 3e place en 2017 soufflée pour une poignée de secondes à Adrien Van Beveren. Depuis son passage à quatre roues il y a deux ans, il n’a obtenu que des places d’honneur en SSV, et n’a pas non plus véritablement ébloui sur l’édition 2022. Mais la méthode Farres, c’est effarant ! Le pilote catalan n’a remporté qu’une étape, la 7e, laissant la lumière aux frères Goczal notamment, et restant bien posté en embuscade derrière Austin Jones, le grand favori de la catégorie. Aujourd’hui, il profite des déboires de l’Américain, arrêté par la casse de son différentiel, pour bondir et prendre la tête du général. Avec seulement 1’41’’ d’avance pour aller chercher le titre, nul ne sait si le coup de Trafalgar tiendra jusqu’à la ligne d’arrivée. Austin Jones a de la ressource, mais Farres aussi.


SUR UN AIR DE CLASSIC

A la veille de l’arrivée de la 2e édition du Dakar Classic, les dés semblent bien jetés dans le sable et peu enclins à rouler d’ici le podium. Mogno, Euvrard et Pliego sont confortablement installés au général provisoire encore ce soir. Enfin presque, car l’équipage espagnol en 3e position voit le Protruck du couple Galpin et ses 400 ch de leur moteur Chevrolet revenir fort dans leurs rétros ! 4e au classement général provisoire, et vainqueurs du jour au scratch, c’est le premier succès d’étape pour les Français, mais aussi la première victoire d’un véhicule inscrit en H3 sur le Dakar Classic. Sur le papier, rien ne joue pourtant en leur faveur parmi les engagés en « moyenne haute ». « Comme on roule entre 30 et 40 km/h plus vite que les autres catégories, il faut prendre les décisions plus rapidement et en cas de retard, c’est aussi plus difficile à rattraper, car il faut aller encore plus vite ! Mais c’est aussi là que, pour un pilote de rallye, cela devient sympa » explique le pilote. Une analyse qu’avaient anticipé ces habitués du Nascar et du rallye que développe la copilote : « On savait qu’il n’y avait que un H1 ou un H2 pour gagner. Ils vont moins vite et ils ont nos traces, leur cahier des charges est plus simple » avant que son époux ne rebondisse : « On s’étaient dit aussi que rouler à 50 km/h allait vite nous embêter. On venait pour découvrir et se faire plaisir en se disant qu’avec un peu de chance, on pourrait prendre un podium en H3. La première semaine, cela a tout de suite bien pris. On s’est retrouvé derrière les Panagiotis, le couple d’amis avec lesquels on est venus, eux aussi en Protruck. C’était avant leur retrait à la journée de repos. De dilettantes, on est passés à une mission qui a consisté à leur dire : on va vous ramener la coupe H3. On s’est mis dans le mode de rallye que l’on sait faire, en peaufinant les notes. Et on est les premiers surpris du résultat, agréablement ». 4e du général provisoire ce soir grâce à six jours consécutifs dans le Top 5, leur premier rival en H3, la Peugeot 205 T16, est à la 25e position scratch. Demain, ils ouvriront à nouveau la piste pour la caravane du Dakar Classic. Une place d’honneur à la hauteur de la performance qu’ils réalisent, pour eux et par procuration.


LA STAT DU JOUR : 32/36
Depuis l’ouverture de ce 44e Dakar, le bleu est sans conteste la tendance sur le podium chez les camions. Sur les 12 spéciales disputées pour le moment (en incluant l’étape 1A), les Kamaz ont trusté les trois marches à huit occasions. Ils ont pourtant été quelques-uns à essayer de mettre à mal l’hégémonie du clan russe, au volant d’un Iveco pour la plupart, mais aucun d’eux n’a fait mieux que troisième. Parmi eux se trouve Janus Van Kasteren qui est parvenu à gâcher la fête à deux reprises. Il y a également eu Martin Van Den Brink lors de l’étape 7 et Martin Macik, leader du championnat du monde des rallyes-raids dans la même catégorie, au terme de la boucle autour de Wadi Ad Dawasir. Aujourd’hui, c’est encore carton plein pour les Kamaz après les 346 km de la spéciale. Ignacio Casale, triple vainqueur en quads, qui officie chez les camions depuis l’an dernier, a bien tenté de faire briller son Tatra. Le Chilien a même mené les hostilités au deuxième pointage, mais rien à faire ! Ales Loprais, neveu du légendaire Karel Loprais, a lui aussi tenté sa chance, impossible. Les Kamaz ont toujours répliqué pour reprendre leur bien et maintenir leur parcours quasi sans faute. 32 podiums sur 36, ça cause… d’autant que les pensionnaires se sont aussi permis d’enregistrer cinq quadruplés au passage.


W2RC : LA PART DU LION POUR ALVAREZ ET ROMA

En T1, les poursuivants de Loeb et Al Attiyah se sont offerts la part du lion. Lucio Alvarez (Toyota Overdrive) et Nani Roma (BRX) ont dominé les engagés au championnat du monde en croquant respectivement 5 et 4 pts. Avec un total de 17 et 18 pts, l’Argentin et l’Espagnol reviennent tous les deux sur les talons des 19 pts de Yazeed Al Rajhi, 3e du provisoire. C’est presque le statu quo entre les deux mâles dominants de la discipline : 39-27 en faveur de Loeb devant Al Attiyah.
En T3, Quintero sème ses poursuivants en enchaînant 9 succès consécutifs. Il possède 50 pts contre 36 pour « Chaleco ». Dania Akeel, la Saoudienne, commence à prendre l’habitude d’inscrire son nom sur les tablettes FIA ! Comme hier, elle empoche un point. Lionel Costes aussi, il en possède désormais 5, devant Dania.
En T4, 5e succès pour Marek Goczal. Rokas Baciuska, lui emboîte le pas, prenant le dessus sur Domzala en remontant en 5e position de la catégorie. Austin Jones, avec 2 pts, revient à égalité avec Michal Goczal. Avec 30 points chacun, ils sont 2e ex aequo derrière Marek et ses 36 points de leader.
En T5, Macik signe son 7e succès consécutif devant Koolen. Les poids lourds de la catégorie culminent à 53 pts contre 42.


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