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étape 9 - lundi 15 janvier 2007 | Tichit - NĂ©ma

  • Spéciale 494 km
  • Liaison  3 km
  • Total  497 km

Portraits

auto

Rafael Lesmes : « Le Dakar c’est toujours humain et encore plus professionnel »

RAFAEL LESMES SUAREZ

« Avec notre voiture on ne peut pas faire de folie. C’est une Nissan Navarra T2-2 Ă  peine modifiĂ©e. On a mis un rĂ©servoir de 200 litres. On a amĂ©liorĂ© les suspensions arrières Ă  cause de ce poids supplĂ©mentaire et voilĂ . » Rafael ne cherche pas Ă  faire la course en tĂŞte. Avec son budget a minima (150.000 euros), il vit son deuxième Dakar avec la philosophie d’un romantique. Ce qui le motive c’est l’aventure, l’Afrique, l’imprĂ©vu. Pas la compĂ©tition. Cela ne l’empĂŞche pas de se rĂ©vĂ©ler calculateur. Toujours Ă  sa façon. « L’investissement du Dakar est rentable. C’est peut-ĂŞtre beaucoup d’argent mais ce n’est pas cher finalement. Il n’y a pas de meilleure thĂ©rapie : tu dĂ©connectes, tu oublies, tu rĂŞves. »

Rafael Lesmes est Ă  fond dans la lĂ©gende du Dakar. Dans son refuge des Canaries, il vit dĂ©jĂ  un peu cela. Patron d’une sociĂ©tĂ© de tourisme, il organise des raids dans son Ă®le et vit au grand air. Rafael est un amoureux des espaces et de la libertĂ©. Il avait tenu cinq Ă©tapes lors de son premier Dakar en 2004 et il retrouve aujourd’hui un rallye encore plus grand. Et ce qui le bluffe, c’est l’impossible Ă©quilibre que garde l’épreuve. « C’est plus grand, toujours aussi humain mais encore plus professionnel. » Son plaisir sur le Dakar, c’est l’évasion et la conduite. « Je peux conduite dix heures de suite », dit-il. Mais Rafael n’est dĂ©cidemment pas un Mad Max : « Je dis ça mais quand l’organisation a raccourci l’étape arrivant Ă  Atar Ă  cause des vents de sable, j’étais bien content. J’en avais jusque lĂ  ! »

Le numĂ©ro 477 se satisfait de pouvoir participer. Il en fait son crĂ©do. « L’important, c’est de faire les choses humainement et modestement. » Avec ses longs cheveux presque blancs attachĂ©s par un Ă©lastique, son regard Ă  la fois perçant et dĂ©tachĂ©, il est un partisan du Dakar des modestes. « Il y a deux courses », dit-il. « Devant ou derrière les camions. Quand ils te doublent, je te jure c’est impressionnant ! » Pour se remettre, il a toujours un livre. Cette annĂ©e, c’est le dernier de Javier Reverte. Un bouquin sur les voyages, Ă©videmment. « Je l’ai commencĂ© dans l’avion et lu un peu au Portugal. Depuis l’Afrique, je n’ai pas eu le temps. » La thĂ©rapie du Dakar est dĂ©jĂ  Ă  l’œuvre.

moto

GĂ©rard Tilliette : « J’ai demandĂ© Ă  Anne-Charlotte de trouver une solution »

Copyright A.S.O. / Amaury Sport Organisation

Il fallait y croire. Avec une lĂ©gère dose de fantaisie, de l’assurance et surtout beaucoup de bon sens, les idĂ©es les plus farfelues peuvent prendre forme sur le Dakar. Sur le papier, le dĂ©fi est osĂ© : GĂ©rard Tilliette, motard tout-terrain, organisateur de raids privĂ©s au Maroc, emmène sa fille Anne-Charlotte, vingt ans, pour rejoindre Dakar en course après 8000 kilomètres de routes et de pistes. Au soir de la première spĂ©ciale de Lisbonne, rien n’indiquait que l’inspiration paternelle avait Ă©tĂ© riche : « Je ne sais pas combien de fois elle est tombĂ©e, c’était une catastrophe. Je me suis vraiment questionnĂ©, d’un seul coup je me suis demandĂ© ce qu’on faisait lĂ  », admet GĂ©rard, qui a Ă©tĂ© rassurĂ© par la suite des Ă©vĂ©nements.

Une fois les premières angoisses dissipĂ©es, la cadette du Dakar s’est en effet montrĂ©e convaincante. Lors de l’étape Ouarzazate – Tan Tan, une improbable inversion des rĂ´les a mĂŞme conduit Anne-Charlotte Ă  prendre en main le destin de l’aventure familiale : « Après une sĂ©rie de tentatives de rĂ©paration plus ou moins fructueuses, je me suis retrouvĂ© avec une jante totalement hors d’usage Ă  30 km de l’arrivĂ©e. Alors j’ai dit Ă  Anne-Charlotte de continuer seule et de trouver une solution pour me ramener une roue ». Sous ses airs de gamine, la jeune motarde, bien que sous le coup de l’émotion, a su faire preuve de sang-froid : « A l’arrivĂ©e j’ai dĂ©montĂ© ma roue et j’ai trouvĂ© quelqu’un, un militaire marocain, qui l’a apportĂ©e Ă  mon père. Ensuite il a fallu que je me dĂ©brouille pour qu’on me fasse arriver une autre roue de Zouerat. Le temps que l’on arrive Ă  nous retrouver et que toute ces opĂ©rations soient finies, nous sommes arrivĂ©s au bivouac Ă  trois heures du matin, alors que les dĂ©parts Ă©taient Ă  4h30 ! ».

MalgrĂ© une nuit aussi courte que mouvementĂ©e, le duo n’a rien perdu de son Ă©nergie et de sa confiance. Au contraire. Après, tout, les Tilliette ont dĂ©jĂ  rempli la moitiĂ© du contrat, alors que près de 70 motards ont quittĂ© le rallye avant Atar : « C’était notre premier objectif ». GĂ©rard dĂ©couvre aussi sa fille sous un autre jour avec cette expĂ©rience sur le Dakar : « Elle est assez diffĂ©rente de ce que je vois habituellement. Elle est par exemple très organisĂ©e et autonome, elle gère très bien tout ce qui concerne la tente, se lève tĂ´t le matin. Alors qu’à Saint-Omer, elle est plutĂ´t du genre bordĂ©lique ! » Certains disent que le Dakar est une Ă©cole de vie…

Carole Montillet & MĂ©lanie Suchet : de la neige au sable !

CAROLE MONTILLET

Il n’est peut-ĂŞtre pas très surprenant que les navigateurs aient toujours Ă©tĂ© attirĂ©s par le Dakar, mais qu’en est-il des skieurs ? Luc Alphand est l’exemple le plus Ă©vident (et le plus rĂ©ussi), Guerlain Chicherit en est un autre. Et cette annĂ©e, les deux hommes ont Ă©tĂ© rejoints par un autre couple de championnes de ski alpin, Carole Montillet et MĂ©lanie Suchet, au volant d’une Nissan T2.

Carole raconte : « Notre vĂ©ritable passion c’est le quad ; nous en faisons beaucoup lĂ  oĂą je vis, Ă  Andorre, nous avons d’ailleurs fait le Rallye de Gazelle trois fois en quad. Mais quand j’ai parlĂ© de faire le Dakar sur des quads, MĂ©lanie m’a dit que j’étais complètement folle et pour les avoir vus en piste la semaine dernière, elle a probablement raison ! Bien que la comparaison entre la neige et le dĂ©sert ne saute pas aux yeux, il y a un nombre Ă©trange de similitudes. Dans les eux cas, la piste n’est jamais la mĂŞme ; elle Ă©volue sans cesse. Et puis il y a le contact avec la nature, et la vitesse. »

Bien qu’elles s’amusent toutes deux beaucoup et ne vraiment pas mal placĂ©es du tout au classement gĂ©nĂ©ral, ni l’une, ni l’autre ne prĂ©voit une seconde carrière dans les rallies raids. « Nous venons tout juste d’arrĂŞter le ski de compĂ©tition et nous avons dĂ©cidĂ© de prendre une annĂ©e sabbatique pour faire diverses choses et pour nous amuser, » dit Carole. « Nous organiser pour le Dakar a dĂ©jĂ  reprĂ©sentĂ© un sacrĂ© boulot et après des annĂ©es de compĂ©tition Ă  haut niveau, ce serait bien de prendre les choses plus calmement pour une fois. Ceci Ă©tant dit, si une offre intĂ©ressante se prĂ©sente… »

camion

Elisabetta Caracciolo : « Laissez votre cĂ´tĂ© fĂ©minin s’exprimer, conduisez un camion ! »

MASSIMO CAPOFERRI

Le grand stéréotype du camionneur est bel et bien un gars balaise avec un bon bide et une jolie sélection de tatouages. Par contre le stéréotype parfait de la femme italienne est l’image même de la féminité, Sophia Loren, par exemple. Alors comment se fait-il qu’il n’y ait pas moins de trois Italiennes inscrites dans la catégorie camions, deux co-pilotes et une pilote répondant au doux nom de Luisa Trucco.

Elisabetta Caracciolo, copilote d’un MAN aux cĂ´tĂ©s de Massimo Capoferri et Luigi Algeri, a participĂ© Ă  un nombre incalculable de Dakar Ă  divers postes : « J’ai couvert le Dakar bien des fois comme journaliste, j’ai mĂŞme travaillĂ© au service de restauration, mais c’est la première fois que je fais la course dans un camion et j’adore chaque minute. Vous pourriez penser que la catĂ©gorie camion est très macho et n’apprĂ©cie pas vraiment les concurrentes, mais c’est bien loin de la vĂ©ritĂ©. Tout le monde est adorable et très serviable. Je pense que l’une des raisons est que seuls quelques-uns des camions font rĂ©ellement la course, le reste c’est de l’assistance rapide pour les voitures et les motos. Cela signifie que la catĂ©gorie camions attire des gens qui sont moins compĂ©titifs et plus serviables. Un peu comme les femmes d’ailleurs ! »

Mais si tout cela vous paraît un peu trop beau pour être vrai, rassurez-vous, selon Elisabetta, il n’y a rien qui agace plus son coéquipier Massimo que de se faire dépasser par une femme sur la piste.