étape 7 - vendredi 12 janvier 2007 | ZouĂ©rat - Atar
- Liaison 4 km
- Spéciale 542 km
- Liaison 34 km
- Total 580 km
Portraits
moto
Christophe Robert : « Objectif Atar »
Les « malles motos », c’est le repaire des sans grades, un coin de tarmac oĂą se rassemblent les amateurs Ă petits budgets, ceux qui n’ont pas rĂ©ussi Ă rassembler assez de sponsors pour se payer les services d’une Ă©quipe d’assistance. On y arrive souvent tard, on y travaille presque tout le temps. A Tan Tan, Christophe Robert a pour l’instant Ă©tĂ© Ă©pargnĂ© par les grosses galères. Pas par les petits pĂ©pins qui rallongent le temps de travail quotidien : « Aujourd’hui il faut que je change le filtre, que je retende la chaĂ®ne, que je rĂ©pare le frein arrière et que je fasse la vidange. Je vais y passer encore trois heures, comme hier et avant-hier. Je commence Ă ressentir la fatigue, surtout que j’étais dĂ©jĂ arrivĂ© sur les rotules Ă Lisbonne : je n’avais reçu ma moto que deux semaines avant, et j’étais en plus entrain de dĂ©mĂ©nager ».
Travailleur obstinĂ©, Christophe ne s’inquiète pas Ă l’idĂ©e des prochaines sĂ©ances de clĂ© de douze. L’angoisse commence tout de mĂŞme Ă monter Ă l’approche de la Mauritanie, qui ne lui a jamais rĂ©ussi : « Je n’ai jamais rĂ©ussi Ă passer la Mauritanie lors de mes quatre prĂ©cĂ©dentes participations. Je n’ai mĂŞme jamais atteint la journĂ©e de repos. Je suis dĂ©jĂ allĂ© jusqu’à Zouerat, mais au-delĂ c’est l’inconnu ». MalgrĂ© sa collection de petites misères, ce passionnĂ© de moto et de flippers compte bien battre son record de longĂ©vitĂ© sur le rallye : « A l’heure qu’il est je n’arrive pas vraiment Ă identifier la fuite d’huile que je vois. Mais si la mĂ©canique me laisse tranquille, je n’ai pas peur des dunes ».
moto
Med Zidane Soueid Ahmed : « L’accueil en Mauritanie est un encouragement Ă continuer »
Regard clair et stature altière, Med Zidane Soueid Ahmed vient d’écouter le briefing d’Etienne Lavigne. Depuis quelques heures, il est Ă ZouĂ©rat et cette arrivĂ©e sur ses terres a dĂ©clenchĂ© un enthousiasme inĂ©dit. « La Mauritanie est un pays oĂą le sport n’est pas très Ă l’honneur et ma participation au Dakar est un Ă©vĂ©nement », explique-t-il. Le motard 187 est le premier Mauritanien Ă participer au rallye raid de rĂ©fĂ©rence et la rĂ©action de ses compatriotes le comble d’aise : « C’est un encouragement de voir tout ce monde. » Des enfants, des militaires, des habitants de ZouĂ©rat ont créé une drĂ´le de panique au bivouac de la 6ème Ă©tape, lorsque le pilote est apparu. Une scène bon enfant et poignante tout Ă la fois.
Le pays est en mal d’image et Med Zidane se retrouve propulsĂ©, d’un coup, au rang de symbole. « Cela m’a donnĂ© un coup de tonus », dit-il d’abord. Mais surtout c’est bien si cela peut dĂ©velopper le sport et l’image de la moto dans le pays », ajoute-t-il. Med Zidane sait de quoi il parle. Sa participation est une histoire oĂą les relations et les sympathies ont jouĂ© puisque le ministère des sports a appuyĂ© la participation de ce jeune chef d’entreprise de Nouakchott. Ce n’était pas gagnĂ© dans un pays oĂą la pratique motocycliste est plutĂ´t mal perçue. « La moto est associĂ©e aux voyous et aux garagistes », explique-t-il fataliste.
De son cĂ´tĂ© il fait tout ce qui est son pouvoir pour crĂ©er Ă nouveau l’évĂ©nement en parvenant au Lac Rose. Pas simple pour un sportif accompli qui n’avait cependant pas touchĂ© sa moto depuis 7 mois avant le dĂ©part de Lisbonne et dont les occupations de responsable d’une agence de communication et de marketing ont limitĂ© la prĂ©paration Ă « une semaine de jogging, pas plus ». Mais Med Zidane a quelques arguments. Cela fait une dizaine d’annĂ©es qu’il fait de la compĂ©tition au SĂ©nĂ©gal, au Togo ou en AlgĂ©rie. Et puis, le dĂ©sert, il connaĂ®t bien. « Je passe bien les dunes, avoue-t-il. DĂ©jĂ plusieurs concurrents l’ont vu et m’ont suivi sur les premiers cordons du Maroc. » Med Zidane est dans son jardin sur ces Ă©tapes mauritaniennes. De quoi faire pousser des vocations dans un des pays emblĂ©matiques du Dakar.
auto
Albert Gryszczuk : « Une voiture pour le Dakar pour la modique somme de 16 000 euros. »

Albert Gryszczuk en est à son tout premier Dakar et comme la majeure partie des nouveaux venus, son ambition est juste d’arriver à Dakar. Rien de bien inhabituel donc ! Certes, peu de concurrents s’inscrivent avec une voiture qu’ils ont construite eux-mêmes mais ce n’est pas là le plus extraordinaire dans l’aventure d’Albert. Rien de bien extraordinaire non plus dans le fait que l’autre voiture qu’il a aussi construite lui-même ait été inscrite par ses compatriotes polonais, père et fils, Robert et Ernest Gorecki , même si ces équipages en famille sont plutôt rares sur le Dakar.
En vĂ©ritĂ©, le plus extraordinaire de toute cette aventure est le prix de vente des voitures créées par Albert. « Donnez-moi une Range Rover moteur V8, une boĂ®te automatique et une transmission et je vous construit exactement la mĂŞme voiture dĂ»ment homologuĂ©e par la FIA avec les papiers en règle pour tout juste 16 000 euros. » Si vous tenez compte du fait que le moindre modèle prĂ©parĂ© pour la course sur base d’une Land Rover coĂ»te au moins 100 000 euros, cette voiture est pour le moins extraordinaire. Mais comment ce jeune homme si dĂ©terminĂ© arrive-t-il Ă un tel rĂ©sultat ? « Je fais aussi simple que possible. J’utilise des pièces de Range Rover datant de la fin des annĂ©es 80 qu’il est facile de se procurer et qui restent bon marchĂ©. Sans oublier que ce sont des pièces simples et robustes Ă la fois. Il n’y a pas de gestion Ă©lectronique dont il faut se soucier, qu’il faut modifier ou qui pourrait casser. Ma voiture n’est peut-ĂŞtre pas aussi belle que certaines autres sur le rallye mais je crois que c’est une solution intĂ©ressante pour quiconque a des ambitions modestes et un budget serrĂ©. »
Fièrement posté debout entre ses deux créations au bivouac de Tan Tan balayé par le vent, Albert est encore bien loin du Lac Rose mais comme il aime à le dire, il est déjà allé bien plus loin que nombre de ses rivaux pilotant des voitures dix fois plus chères que la sienne !
Merkit Kemal - Kutlu Torunlar : entraide Ă la turque
Merkit Kemal participe Ă son quatrième Dakar et comme Ă l’habitude se charge de sa propre assistance. "J’aime me charger de ma propre assistance. C’est un peu comme faire l’ascension du Mont Everest sans oxygène. C’est juste parfois un peu trop solitaire. Il n’y a pas beaucoup de turcophones sur le Dakar, et mĂŞme si je me dĂ©brouille en anglais, ça fait quand mĂŞme du bien de parler ma langue maternelle de temps en temps". Kemal a trouvĂ© une solution Ă ce double problème : il a persuadĂ© son ami turc, le champion d’enduro Kutlu Torunlar, de l’accompagner dans cette aventure.
Kemal s’est aussi Ă©cartĂ© de la tradition : il a changĂ© de moto. Au lieu de son habituelle KTM 600 Rallye, Kemal a optĂ© cette annĂ©e pour une KTM 450 enduro prĂ©parĂ©e par Meca System. Et une fois de plus, sa dĂ©cision fut pragmatique. "Pour ĂŞtre honnĂŞte, j’adore ma 660. Son moteur est fantastique. Mais pour ce qui est des rĂ©sultats, je ne peux pas faire grand-chose face aux motos d’usine. La catĂ©gorie 450 est beaucoup plus accessible si l’on veut faire un rĂ©sultat et pour ce qui des sponsors, il est plus aisĂ© de pĂŞchĂ© un gros poisson dans un lac que dans un ocĂ©an… "
MĂŞme si Kutlu est un novice du rallye raid, c’est lui qui s’est occupĂ© de Kemal sur le dĂ©but du Dakar et non le contraire. "J’ai des problèmes d’estomac depuis le Portugal et je me sens plutĂ´t faible. Je ne parviens Ă avaler que du pain et du Coca", explique Kemal.
La situation a lĂ©gèrement changĂ© depuis leur arrivĂ©e sur le sol africain… Kemal, l’homme d’expĂ©rience, doit Ă son tour s’occuper du rookie, le Maroc s’Ă©tant apparentĂ© Ă un vrai cauchemar pour Torunlar : "J’ai d’abord chutĂ© le jour de Ouarzazate. Je pensais mĂŞme m’ĂŞtre cassĂ© la clavicule, mais finalement ce n’est qu’une luxation. Puis sur la cinquième Ă©tape, je me suis complètement tordu le genou. Le staff mĂ©dical m’a informĂ© que les ligaments pouvaient ĂŞtre touchĂ©s". Des temps difficiles s’annoncent pour cet ancien champion olympique de planche Ă voile qui pouvait Ă peine poser sa jambe gauche Ă terre. "Je verrai demain matin comment je me sens", conclut le pilote turc avant d’entrer dans sa tente pour un repos bien mĂ©ritĂ© Ă Tan Tan.