étape 2 - dimanche 7 janvier 2007 | Portimao - Málaga
- Liaison 15 km
- Spéciale 67 km
- Liaison 463 km
- Total 545 km
Portraits
moto
Philippe Tonin (FRA) : « J’ai eu droit Ă tout »
La dĂ©couverte, c’est parfois douloureux. Pour son baptĂŞme du Dakar, Philippe Tonin s’attendait Ă une entrĂ©e en matière en douceur, comme le permettent quelquefois les premières Ă©tapes europĂ©ennes. Pas cette fois, comme l’a constatĂ© Philippe, qui a encaissĂ© les rĂ©elles difficultĂ©s de la spĂ©ciale et cumulĂ© avec une dose de malchance des grands jours : « J’ai eu droit Ă tout, explique-t-il après avoir passĂ© plus de six heures sur le parcours de la première spĂ©ciale. D’abord je me suis fait rentrer dedans par un autre motard, c’était un BrĂ©silien. Il m’a fait mal au dos mais cela devrait aller. En revanche sur la chute j’ai dĂ» endommager mon rĂ©servoir d’essence, car je suis tombĂ© en panne sèche ». Après quelques kilomètres de course, les problèmes commencent pou le DrĂ´mois : « La première fois, un copain s’est arrĂŞtĂ©, il m’a filĂ© un litre mais cela n’a pas suffi pour dĂ©marrer. Et lĂ j’ai rencontrĂ© un couple de spectateurs, ils sont retournĂ©s chez eux et sont revenus avec cinq litres. Malheureusement je suis Ă nouveau tombĂ© en panne Ă trois kilomètres de l’arrivĂ©e. Au total je me suis arrĂŞtĂ© deux fois pendant plus d’une heure ».
Philippe, qui a bien soignĂ© son ratio de galères au kilomètre, commence dĂ©jĂ Ă connaĂ®tre l’éventail des sensations des concurrents du Dakar : « Vous croyez que c’est beaucoup plus dur en Mauritanie, plaisante mĂŞme Ă moitiĂ© le malheureux dĂ©butant. En tout cas Ă un moment j’ai commencĂ© Ă sĂ©rieusement dĂ©primer. Personne ne s’arrĂŞtait car ils ont tous jouĂ© sur les quantitĂ©s d’essence pour rouler lĂ©ger. Je me suis vraiment demandĂ© comment j’allais faire si je ne trouvais pas d’essence. J’étais furieux Ă l’idĂ©e d’abandonner ». Après avoir dĂ©jĂ eu droit Ă un premier lot de misères, Philippe est fin prĂŞt Ă l’aventure.
moto
Sunny Irvine :"L’important c’est d’ĂŞtre lĂ "

Cela faisait bien cinq ans que Sunny parlait du Dakar. LĂ -bas, Ă Cabo San Lucas, dans la pointe sud de Basse Californie, oĂą il a installĂ© sa sociĂ©tĂ© de tourisme, il rĂŞvait depuis longtemps de cette course hors normes. Alors pas Ă©tonnant en le retrouvant au Portugal de l’entendre dire : « L’important c’est d’être lĂ ». Le numĂ©ro 200, dont c’est la première participation, est avant tout un enthousiaste, malgrĂ© un palmarès personnel plutĂ´t Ă©clectique. A 29 ans Ă peine, Sunny a en effet dĂ©jĂ plutĂ´t correctement roulĂ© sa bosse. Lorsqu’il a dĂ©crochĂ© son diplĂ´me de “Business Administration” Ă l’UniversitĂ© de San Diego, aux Etats-Unis, il a filĂ© avec des collègues jusqu’Ă Ushuaia. Un raid Ă moto long de six mois, avec 30.000 kilomètres Ă la clef et 80.000 dollars de donation Ă la croix rouge Hondurienne, dans le cadre des actions de solidaritĂ© envers les victimes de l’ouragan Mitch. Il a aussi fait un tour du monde en bateau avec d’autres Ă©tudiants. Presque rien d’Ă©tonnant du coup Ă le retrouver installĂ©, aujourd’hui, en chef d’entreprise, attentif aux besoins des milliers de passagers que les grands bateaux de croisière amènent jusqu’Ă ses portes. DĂ©sert, raids, excursions, voile, activitĂ©s aquatiques, il propose tout Ă des clients pressĂ©s et essentiellement nord amĂ©ricains. Le Dakar ne pouvait que le fasciner. Il dit volontiers que s’il y survit, il pourra tout affronter. Sa prĂ©paration physique a Ă©tĂ© parfaite car c’est sa façon de vivre. En revanche l’avant Dakar a Ă©tĂ© plus approximatif : « Nous n’avons pas de grandes dunes au Mexique. Nous n’avons jamais roulĂ© non plus Ă partir d’un road book. Mais nous avons pu faire une semaine d’entraĂ®nement dans la VallĂ©e de la Mort avec Chris Blais » Sportif accompli, Sunny est aussi polyglotte et plutĂ´t content de bien se dĂ©brouiller en français. « Oh lĂ lĂ ! C’est compliquĂ© la technique ! » dit-il, en connectant des fils sur sa moto, affairĂ© et souriant dans sa combinaison de course bleue.
moto
Alain Delaunay : « Le Dakar c’est vraiment autre chose »
« J’ai bien rigolĂ© quand un spectateur portugais m’a dit qu’il restait 9.000 kilomètres pour arriver Ă Dakar ! » Alain Delaunay range sa moto dans le parc fermĂ© de Portimao et raconte la première journĂ©e de son premier Dakar. Un drĂ´le de baptĂŞme du feu qui n’émeut pourtant pas le concurrent numĂ©ro 137. Il vaut mieux, car le rallye a dĂ©butĂ© sans crier gare pour celui qui dit ĂŞtre venu « naturellement », selon son expression, sur la course la plus dure du monde. « Je me sens un peu comme un robot » avoue-t-il. C’est sa façon Ă lui de faire le gros dos. Cela a commencĂ© par une panne d’alimentation essence qui lui a valu de devoir changer une durite. Plus quelques chutes. "Cinq ou six fois" selon son Ă©valuation. Mais ce n’est pas tout. Le Sentinel aussi lui a posĂ© des problèmes. Devoir s’écarter dès que le signal sonore retentit a Ă©tĂ© un stress supplĂ©mentaire qu’il explique d’une image : « Moi, j’ai plus une moissonneuse-batteuse qu’une moto ». En fait une Honda 400 XR qu’il a choisie pour son moindre poids. Alain Delaunay a aussi galĂ©rĂ© avec la partie administrative. « Pas si simple que ça ! » s’exclame-t-il. MĂŞme le road-book lui a fait des misères : « Je n’ai pu en rentrer que les 2/3 ». SacrĂ©e première spĂ©ciale donc qu’il a terminĂ© Ă 2h56’ du vainqueur Ruben Faria ! Et pourtant Alain Delaunay est loin d’être un poète Ă©garĂ© sur un rallye et qui dĂ©couvrirait un monde Ă©tranger. Il a derrière lui 20 d’ans d’enduro et il est expert en maintenance des voies. Cadre SNCF Ă ce niveau on a forcĂ©ment le sens de l’organisation. Et son Dakar, Delaunay l’a prĂ©parĂ©. Il s’est Ă©puisĂ© dans la recherche de sponsors et a tout misĂ© sur la prĂ©paration. « Je sais qu’il faut tout gĂ©rer avec minutie pour y arriver. Mais malgrĂ© mon expĂ©rience je me rends compte que c’est vraiment autre chose. » « "La course ultime » disait-il avant de s’embarquer, pour justifier tous ses efforts. Delaunay est donc en plein dans son rĂŞve. Et ce n’est pas simple. Dès le premier jour.
Brian Schmuckle : « Dernier Ă Dakar ? Avec plaisir ! »
Perdu dans la foule des vĂ©rifications, un cigare au bec, cherchant vainement oĂą aller tout en poussant sa Husqvarna 510 cm3, c’est ainsi que Brian Schmuckle a dĂ©couvert le Dakar… en tout cas pour le moment. Le motard amĂ©ricain s’est en outre prĂ©sentĂ© en dernière positions aux vĂ©rifications techniques. « Je serais Ă©galement ravi d’être le dernier Ă Dakar. Cela signifierait que je suis arrivĂ© au bout du rallye », avouait ce chef d’entreprise californien.
Brian, père de trois enfants, est passionné de motocross depuis plus de trente ans. Cette année il s’est donc lancé un nouveau défi : participer au roi des rallyes africains, un projet bien trop dangereux aux yeux de son épouse… Mais qu’importe, Brian Schmuckle est prêt à tout pour suivre son ami Michael Kay, qui l’a convaincu de l’accompagner sur cette aventure.
Le projet a Ă©tĂ© particulièrement difficile Ă mettre en place. « Husqvarna avait promis de nous donner deux motos gratuitement. Trois semaines avant le dĂ©part, ils ont finalement changĂ© d’avis, en nous demandant d’en payer une. Nous n’avons absolument pas eu le temps de rechercher des soutiens financiers. Ma compagnie de peinture est mon sponsor principal. »
Au moment d’affronter les premières difficultĂ©s du rallye, Brian avouait ĂŞtre plutĂ´t tendu par l’ampleur de l’évĂ©nement. « Ma plus grosse inquiĂ©tude concerne la mĂ©canique ». Le motard de 49 ans ne semble en revanche pas trop concernĂ© par les risques encourus. « Je ne suis absolument pas inquiet des possibles chutes. Je me suis dĂ©jĂ cassĂ© 21 os. Physiquement je suis parfaitement prĂ©parĂ© ».
Pour le Californien il s’agira simplement « d’aller d’un point A Ă un point B, sans faire la course… » Quelques minutes avant de vivre ses premiers kilomètres en course, le motard en Ă©tait encore Ă demander comment fonctionnait le GPS de sa moto !