haut de page(Alt+h) aller à la navigation(Alt+n) aller au contenu(Alt+c)

étape 1 - samedi 6 janvier 2007 | Lisboa - PortimĂŁo

  • Liaison 115 km
  • Spéciale 117 km
  • Liaison 232 km
  • Total  464 km

Portraits

auto

Joseph Rosso (FRA) – Laurent Rosso (FRA)

Joseph Rosso (FRA) : « Laurent conduira aussi… en liaison »

JOSEPH ROSSO

C’est un sentiment diffus, mais son cĹ“ur d’amoureux du dĂ©sert lui indique que son horloge biologique tourne. Les annĂ©es passant, Joseph Rosso voulait dĂ©couvrir le Dakar, vivre l’épreuve reine des rallyes au moins une fois avant de raccrocher. « A mon âge, je devais me dĂ©pĂŞcher », dit-il. Mais chassez la passion, et elle revient en cinquième. « Si je termine le rallye, alors j’aurais envie de continuer ». L’homme est ainsi : un actif incorrigible. S’il insiste sur son âge, 62 ans, c’est pour mieux prouver que l’état civil n’entame en rien la passion. Joseph Rosso est un aventurier que l’Afrique a patinĂ©. Celui qui a montĂ© des entreprises aux Emirats Arabes Unis, oĂą il rĂ©side, mais aussi en Italie, a surtout vĂ©cu en CĂ´te d’Ivoire, en GuinĂ©e ou au Cameroun. « Je suis un broussard », affirme-t-il pour attester de son africanitĂ©. Le dĂ©sert il le pratique comme on sort de chez soi : « Le sable est Ă  portĂ©e de main ». Lorsqu’on habite Ă  DubaĂŻ, ce n’est effectivement pas le souci.

D’ailleurs Joseph, et son fils Laurent, n’ont pas vraiment d’angoisse Ă  l’heure d’entreprendre leur premier Dakar. Rompus aux Ă©preuves oĂą le sable joue un rĂ´le majeur (ils ont chacun dĂ©jĂ  gagnĂ© le rallye de DubaĂŻ en catĂ©gorie T2) les Rosso père et fils viennent sur l’épreuve reine du rallye raid pour terminer et « vivre une aventure. » Deux problèmes contrarient toutefois un peu le père. « Nous avons louĂ© une Mercedes chez rallye raid Concept pour le Dakar. C’est une voiture un peu pĂ©père qui n’a rien Ă  voir avec les Nissan Path Finder que nous utilisons habituellement… » Et puis il y a la rĂ©partition des tâches. Comment faire quand le père et le fils ne jurent que par la conduite ? « Comme nous sommes de piètres navigateurs nous avons dĂ©cidĂ© que Laurent conduirait aussi. Mais simplement sur les liaisons. » Chez les Rosso le père n’est dĂ©cidĂ©ment pas prĂŞt de dĂ©crocher.

Francisco Arredondo : « La promotion de l’AmĂ©rique centrale »

FRANCISCO ARREDONDO

Sans cĂ©rĂ©monial, Francisco est toujours prĂŞt Ă  raconter sa vie, Ă  parler de son pays et de ses passions pour le sport. Le visage rond, la jovialitĂ© comme passeport, ce jeune guatĂ©maltèque de 29 ans vient souffrir dorĂ©navant, chaque mois de janvier, sur le Dakar. Il a terminĂ© 58ème l’an dernier et, en trois participations, voyait pour la première fois Dakar et le Lac Rose. Francisco s’est montrĂ© Ă  la hauteur en allant au bout de son rĂŞve, au bout de sa mission. Seul reprĂ©sentant d’AmĂ©rique Centrale, cela donne des responsabilitĂ©s. Cette annĂ©e il arbore mĂŞme un sticker touristique. « Ce n’est pas un sponsor, explique-t-il. Je suis content d’aider Ă  la promotion de l’AmĂ©rique Centrale. » Francisco est comme ça : gĂ©nĂ©reux et optimiste. A l’heure d’affronter son 4ème Dakar il dit simplement « Todo bien ».

Mais tout n’a pas Ă©tĂ© simple. « Le 8 dĂ©cembre dernier, j’ai dĂ» arrĂŞter de travailler, je n’arrivais plus Ă  tout gĂ©rer. » Francisco Arredondo dirige une sociĂ©tĂ© de produits alimentaires, Bremen, et, Municipal, le club de football champion du Guatemala 2005. Une activitĂ© dĂ©bordante qui lui a laissĂ© peu de temps pour se prĂ©parer au Dakar. Comble de malchance, mĂŞme la pĂ©riode de NoĂ«l a Ă©tĂ© perturbĂ©e. « Je n’ai pas pu participer aux fĂŞtes de fin d’annĂ©e qui Ă©taient trop proches du Dakar. » Car le Dakar a ce pouvoir de le dĂ©tourner des rites sociaux. Paradoxal, car le rallye raid africain a commencĂ© pour lui, un jour de repas Ă  la maison. Il avait 12 ans. Et il Ă©coutait les grands. Ce jour-lĂ , son père recevait un collègue toubib, Carlos Romero, dans leur maison de Guatemala City. Et l’ami argentin a racontĂ© une histoire incroyable pour le jeune Franny. Il avait participĂ© Ă  une course en voiture, Ă  travers l’Afrique. Autant dire la lune ! Seize ans plus tard, Francisco est toujours subjuguĂ© par la rĂ©vĂ©lation.

Dominique BriĂ© : « Au-dessus, c’est la lune »

DOMINIQUE BRIE

Qu’est-ce qui peut persuader un pharmacien valenciennois, père de famille, Ă  aller pousser une moto de 200 kilos dans des dunes africaines ? Peu de choses. Mais, aux oreilles d’un amoureux du deux-roues, il existe des arguments puissants. L’amour du Dakar et la force de l’amitiĂ© en font partie… Il y a deux ans, Dominique BriĂ© n’avait jamais touchĂ© une moto tout terrain de sa vie. Son permis moto ne lui servait qu’à quelques sorties sur la route. Le Dakar restait pour le pharmacien Ă©tabli un rĂŞve de jeune homme, ou plutĂ´t une course de haut niveau inaccessible au commun des mortels… Puis il a rencontrĂ© RĂ©gis Blanckaert, l’un des fondateurs du Ch’ti Team, un grand habituĂ© du Dakar. Comme pour beaucoup d’amateurs, cette rencontre l’a aidĂ© Ă  se persuader qu’il pouvait aller jusqu’au bout. « RĂ©gis m’a permis de me jeter Ă  l’eau. Avant de le rencontrer, je pensais que les motards du Dakar devaient ĂŞtre un peu dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s pour aller jusqu’au bout », se souvient Dominique.

RĂ©gis Blanckaert, concessionnaire moto dans le Nord, a donc poussĂ© le pharmacien Ă  tenter l’aventure. Après trois mois d’entraĂ®nement en enduro et un Shamrock bouclĂ©, Dominique BriĂ© s’est inscrit au Dakar 2006. A quatre semaines du dĂ©part, une cheville foulĂ©e l’a privĂ© de dĂ©part. Cette annĂ©e, après avoir peaufinĂ© sa prĂ©paration en prenant des cours de navigation avec un ami pilote d’avion et après avoir rencontrĂ© Luc Alphand dans l’avion qui les amenait au Maroc, le motard de Valenciennes attend le dĂ©but de son rĂŞve avec impatience. « Le Dakar, c’est le top ! Au-dessus, l’aventure ultime ce serait d’aller sur la lune mais je ne crois pas que ce soit possible ». L’espace n’est pas au programme mais finalement, entre Valenciennes et Dakar, il y a suffisamment de kilomètres et d’alĂ©as pour pimenter le voyage.

Antoine Lecomte : « J’aurais Ă©tĂ© frustrĂ© tout le restant de ma vie »

ANTOINE LECOMTE

A l’heure des vĂ©rifications techniques, le cĹ“ur d’un rookie vibre souvent plus fort qu’un rĂ©troviseur de moto sur les cailloux du Maroc. Ses yeux brillent davantage que les chromes d’un pot d’échappement. C’est un cocktail Ă©tonnant aux proportions incertaines, mais gĂ©nĂ©ralement le mĂ©lange stress-excitation-bonheur-impatience exerce sur les nouveaux-venus un puissant effet Ă  quelques dizaines d’heures du dĂ©part. Antoine Lecomte vit en ce moment sous le charme de cet effet. L’homme a rĂ©ussit son premier pari : convaincre sa famille de le laisser partir sur le rallye. « Il ne devait jamais faire le Dakar – c’était Ă©crit dans notre contrat de mariage ! », s’esclaffe son Ă©pouse, les yeux tournĂ©s vers la rutilante 660 KTM. Car Antoine Lecomte a aussi rĂ©ussi le tour de force de persuader toute sa famille de l’accompagner Ă  Lisbonne. Autour de la moto, les quatre enfants Lecomte s’affairent, tels des abeilles autour d’une ruche.
Madame Lecomte revient sur les raisons qui l’ont conduite Ă  revoir sa position – oĂą comment la grandeur d’âme de la femme d’un passionnĂ© a pris le pas sur les inquiĂ©tudes de l’épouse : « Il vieillissait et j’ai su que si je ne le laissais pas faire le Dakar, il en serait frustrĂ© pour tout le restant de sa vie ». Le visage s’est Ă©clairĂ©, les yeux pĂ©tillent… Pour un peu, on croirait un instant que les hauts parleurs diffusent la chanson de Patricia Kaas : « Mon mec Ă  moi il me parle d’aventures ». Quelques minutes avant les vĂ©rifications techniques, les deux grands fils Baptiste et Vianney bichonnent la mĂ©canique. A quelques mètres, leurs deux sĹ“urs Ă©carquillent d’immenses yeux et profitent de l’ambiance. Une main sur l’épaule paternelle, Aude, 17 ans, murmure rigolarde Ă  son père : « Calme-toi… Calme-toi ». Christian Lecomte en est bien incapable. Mais qu’importe, puisque son bonheur est communicatif : « Je suis ravie pour lui, glisse Aude en se dĂ©tournant momentanĂ©ment de la moto, depuis le temps qu’il en parlait nous savions tous que c’est quelque chose qui lui tenait extrĂŞmement Ă  cĹ“ur…Heureusement que maman a fini par cĂ©der ! ».
Personne n’est dupe pour autant de ce qu’implique une première participation. Goûter au Dakar, c’est avant tout courir le risque de l’addiction. Surtout que d’autres dans la famille piaffent déjà d’impatience. Baptiste et Vianney, les deux fils, rêvent de vivre l’aventure à leur tour. Aude, la fille ainée, s’imagine déjà occuper un jour la place du copilote dont une voiture conduite par son héros de papa. Madame Lecomte va devoir délivrer d’autres bons de sortie.