Rencontres
moto

Le Coq indomptable
Olivier Le Coq (n°126)
« J’vais pas me plaindre ». Cette pirouette rĂ©sume bien le facĂ©tieux Olivier Le Coq. Un dur Ă cuire, comme on en trouve quelques uns au cĹ“ur de la nuit près de la « malle motos », le parc des motards sans assistance. Le bonhomme de 44 ans, taillĂ© comme un pilier de rugby, vient pourtant de vivre une journĂ©e de galère entre Ouarzazate et Tan-Tan.
Quelques heures plus tĂ´t, il est tombĂ© lourdement entre le CP essence et l’arrivĂ©e de la spĂ©ciale, sur une piste caillouteuse inondĂ©e de poussière. Explication : « Lorsque j’ai Ă©tĂ© dĂ©passĂ© par un camion, j’ai perdu toute visibilitĂ© et je suis parti en vrille dans du sable mou ». Sa deuxième chute de la journĂ©e. RĂ©sultat : un gros hĂ©matome Ă la cuisse gauche, qui le fait boiter et qui vient s’ajouter Ă des brĂ»lures aux genoux dues au frottement de ses genouillères. Depuis, Olivier est un « visiteur du soir » Ă la tente mĂ©dicale du bivouac.
Un nouveau chapitre à ranger dans la collection déjà riche de ce monstre de volonté,
responsable d’atelier chez un importateur Renault Ă Abidjan. BĂ©nĂ©vole au sein de l’organisation du Dakar en 1998 et 99, il se lance dans l’aventure en 2004. « J’étais tellement fatiguĂ© après une vingtaine d’heures de pilotage que j’ai eu des hallucinations dans le dĂ©sert mauritanien, raconte-t-il. J’ai posĂ© la moto dans une dune, j’ai passĂ© une nuit Ă la belle Ă©toile et le lendemain, je suis parti avec une assistance en direction de Dakar ». L’an dernier, Olivier a pris une belle gamelle dans une dune du cĂ´tĂ© de Zouerat et a perdu connaissance avant d’être relevĂ© par son pote motard de Dakar, Jean-Hugues Moneyron.
Seul concurrent cette annĂ©e Ă venir d’Abidjan, Olivier Le Coq reste donc sur deux abandons consĂ©cutifs au Dakar. Une idĂ©e qui l’insupporte au fond de lui. PenchĂ© sur sa bĂ©cane dont il assure lui-mĂŞme la rĂ©vision, il sourit Ă la lumière des projecteurs en Ă©poussetant ses deux gris-gris, une tĂŞte de crocodile et un petit singe en bois sculptĂ©. « Faut que j’arrive Ă Dakar », se persuade ce « toubab » qui est l’un des rares ressortissants français Ă ne pas avoir fui la CĂ´te d’Ivoire, en novembre 2004, sous la pression des « patriotes ». Quand on vous dit qu’Olivier est un homme courageux…
moto
« J’vais pas me plaindre ». Cette pirouette rĂ©sume bien le facĂ©tieux Olivier Le Coq. Un dur Ă cuire, comme on en trouve quelques uns au cĹ“ur de la nuit près de la « malle motos », le parc des motards sans assistance. Le bonhomme de 44 ans, taillĂ© comme un pilier de rugby, vient pourtant de vivre une journĂ©e de galère entre Ouarzazate et Tan-Tan.
Quelques heures plus tĂ´t, il est tombĂ© lourdement entre le CP essence et l’arrivĂ©e de la spĂ©ciale, sur une piste caillouteuse inondĂ©e de poussière. Explication : « Lorsque j’ai Ă©tĂ© dĂ©passĂ© par un camion, j’ai perdu toute visibilitĂ© et je suis parti en vrille dans du sable mou ». Sa deuxième chute de la journĂ©e. RĂ©sultat : un gros hĂ©matome Ă la cuisse gauche, qui le fait boiter et qui vient s’ajouter Ă des brĂ»lures aux genoux dues au frottement de ses genouillères. Depuis, Olivier est un « visiteur du soir » Ă la tente mĂ©dicale du bivouac.
Un nouveau chapitre à ranger dans la collection déjà riche de ce monstre de volonté,
responsable d’atelier chez un importateur Renault Ă Abidjan. BĂ©nĂ©vole au sein de l’organisation du Dakar en 1998 et 99, il se lance dans l’aventure en 2004. « J’étais tellement fatiguĂ© après une vingtaine d’heures de pilotage que j’ai eu des hallucinations dans le dĂ©sert mauritanien, raconte-t-il. J’ai posĂ© la moto dans une dune, j’ai passĂ© une nuit Ă la belle Ă©toile et le lendemain, je suis parti avec une assistance en direction de Dakar ». L’an dernier, Olivier a pris une belle gamelle dans une dune du cĂ´tĂ© de Zouerat et a perdu connaissance avant d’être relevĂ© par son pote motard de Dakar, Jean-Hugues Moneyron.
Seul concurrent cette annĂ©e Ă venir d’Abidjan, Olivier Le Coq reste donc sur deux abandons consĂ©cutifs au Dakar. Une idĂ©e qui l’insupporte au fond de lui. PenchĂ© sur sa bĂ©cane dont il assure lui-mĂŞme la rĂ©vision, il sourit Ă la lumière des projecteurs en Ă©poussetant ses deux gris-gris, une tĂŞte de crocodile et un petit singe en bois sculptĂ©. « Faut que j’arrive Ă Dakar », se persuade ce « toubab » qui est l’un des rares ressortissants français Ă ne pas avoir fui la CĂ´te d’Ivoire, en novembre 2004, sous la pression des « patriotes ». Quand on vous dit qu’Olivier est un homme courageux…

Voyage au bout d’une nuit
Pascal Rigaudeau (n°91)
Tan-Tan.1h25 du matin. Pascal Rigaudeau arrive au bivouac. Il enlève son casque, ferme les yeux et s’assied pĂ©niblement. Un mĂ©canicien anonyme se penche vers lui et passe une serviette humide sur son visage maculĂ© de terre sĂ©chĂ©e. « Repose-toi, je m’occupe de ta moto », lui glisse-t-il. Pascal murmure. « Je n’en peux plus… C’est l’enfer… » Puis il s’allonge, lentement, et s’endort pour quelques minutes d’un sommeil qui ne lui rendra pas toutes ses forces. Un quart d’heure plus tard, Pascal se rĂ©veille. Il se lève et s’approche en boitant du mĂ©canicien qui bricole sa moto. Il met alors Ă son tour les mains dans le cambouis, souffle sur les bougies, nettoie les filtres Ă air… Consciencieusement, avec la prĂ©cision de celui qui veut aller au bout et mĂ©nage sa machine autant que possible. MalgrĂ© la fatigue il raconte. « Je suis tombĂ© il y a trois jours, entre Nador et Er Rachidia. Je me suis fait une grosse entorse de la cheville. Mais avec les bottes de moto, ça tient et je peux continuer. Et puis, sur la spĂ©ciale d’hier, J’ai crevĂ© après 150 kilomètres. Je n’avais rien avec moi pour rĂ©parer alors j’ai continuĂ©. J’ai fait les 200 derniers kilomètres de la spĂ©ciale sur la jante. Une fois au CH arrivĂ©e, j’ai bourrĂ© mon pneu avec de l’herbe Ă chameau pour pouvoir rejoindre le bivouac. J’ai mis 6h00 pour faire les 300 kilomètres de liaison. Je savais que ce n’était pas une course taillĂ©e pour les frileux, mais pas Ă ce point. LĂ , je viens de rouler pendant vingt heures, j’ai dormi trois heures en deux nuits, je ne sens plus mes bras, j’ai mal partout. C’est vraiment dur. »
Pourtant, Pascal n’a pas l’intention d’abandonner. Il rĂŞve du Dakar, des dunes qui courent jusqu’au-delĂ de l’horizon, du Lac Rose et de cette fameuse dernière ligne droite, comme une ultime rĂ©compense, sur la plage, caressĂ©e par les vagues. « Je ferai tout pour aller jusqu’au bout. Cela serait trop con de s’être donnĂ© autant de mal pour faire le Dakar et que tout s’arrĂŞte comme ça. » Parce que, comme beaucoup d’autres, Pascal a remuĂ© ciel et terre pour rĂ©unir le budget nĂ©cessaire Ă cette première participation. Alors, mĂŞme quand la fatigue prend le dessus, que le doute et le dĂ©couragement jettent une ombre pesante sur ses rĂŞves, Pascal refuse de baisser les bras. Il se retourne alors vers ses amis les motards, les obscurs sans grade qui, comme lui, repoussent chaque jour un peu plus leurs limites. « Tous les motards se serrent les coudes. Je me sens vraiment bien au milieu d’eux. Ils m’apportent tout le rĂ©confort dont j’ai besoin quand je crois ĂŞtre au bout du rouleau. »
Tan-Tan. 3h00 du matin. Pascal Rigaudeau resserre ses bottes de moto. Il grimace un peu avant d’enfourcher sa moto et d’enfiler son casque. « Allez, il faut que j’y aille. On m’attend au dĂ©part de la spĂ©ciale. » Il dĂ©marre, enclenche la première puis claironne, faussement fanfaron, avant de partir : « De toutes façons, pour moi, ce sera Dakar ou rien. Alors ce sera Dakar, quoiqu’il coĂ»te. » Et il s’enfonce dans la nuit, en route pour un voyage au-delĂ de ses limites.
Zouerat. 19h30. Pascal sort de la tente des mĂ©decins. « Mauvaise nouvelle, dit-il dans un sourire forcĂ©, j’ai la clavicule cassĂ©e. J’abandonne… ». Il tourne la tĂŞte, et jette un regard dĂ©jĂ nostalgique sur « la malle moto », ses compagnons de fortune et d’infortune. « Je suis super déçu, je voulais vraiment aller au bout. Je mettais dit : le Dakar, tu le fais une fois dans ta vie, mais tu vas au bout. Et lĂ , je prends un gadin Ă la con, une bĂ»che que je n’aurais jamais prise si je n’avais pas accumulĂ© les emmerdes depuis le dĂ©but. Enfin, c’est comme ça… ». Pascal se tourne vers sa malle pour y ranger une dernière fois ses outils, son plastron et ses bottes de moto. Ce soir il dort sous la tente des mĂ©decins avant de repartir en avion vers la France. Et Dakar alors, et le Lac Rose… ? « Je ne sais pas, souffle-t-il, je ne sais pas si je reviendrai. Mais ce qui est sĂ»r, c’est que j’en rĂŞverai encore… »
Tan-Tan.1h25 du matin. Pascal Rigaudeau arrive au bivouac. Il enlève son casque, ferme les yeux et s’assied pĂ©niblement. Un mĂ©canicien anonyme se penche vers lui et passe une serviette humide sur son visage maculĂ© de terre sĂ©chĂ©e. « Repose-toi, je m’occupe de ta moto », lui glisse-t-il. Pascal murmure. « Je n’en peux plus… C’est l’enfer… » Puis il s’allonge, lentement, et s’endort pour quelques minutes d’un sommeil qui ne lui rendra pas toutes ses forces. Un quart d’heure plus tard, Pascal se rĂ©veille. Il se lève et s’approche en boitant du mĂ©canicien qui bricole sa moto. Il met alors Ă son tour les mains dans le cambouis, souffle sur les bougies, nettoie les filtres Ă air… Consciencieusement, avec la prĂ©cision de celui qui veut aller au bout et mĂ©nage sa machine autant que possible. MalgrĂ© la fatigue il raconte. « Je suis tombĂ© il y a trois jours, entre Nador et Er Rachidia. Je me suis fait une grosse entorse de la cheville. Mais avec les bottes de moto, ça tient et je peux continuer. Et puis, sur la spĂ©ciale d’hier, J’ai crevĂ© après 150 kilomètres. Je n’avais rien avec moi pour rĂ©parer alors j’ai continuĂ©. J’ai fait les 200 derniers kilomètres de la spĂ©ciale sur la jante. Une fois au CH arrivĂ©e, j’ai bourrĂ© mon pneu avec de l’herbe Ă chameau pour pouvoir rejoindre le bivouac. J’ai mis 6h00 pour faire les 300 kilomètres de liaison. Je savais que ce n’était pas une course taillĂ©e pour les frileux, mais pas Ă ce point. LĂ , je viens de rouler pendant vingt heures, j’ai dormi trois heures en deux nuits, je ne sens plus mes bras, j’ai mal partout. C’est vraiment dur. »
Pourtant, Pascal n’a pas l’intention d’abandonner. Il rĂŞve du Dakar, des dunes qui courent jusqu’au-delĂ de l’horizon, du Lac Rose et de cette fameuse dernière ligne droite, comme une ultime rĂ©compense, sur la plage, caressĂ©e par les vagues. « Je ferai tout pour aller jusqu’au bout. Cela serait trop con de s’être donnĂ© autant de mal pour faire le Dakar et que tout s’arrĂŞte comme ça. » Parce que, comme beaucoup d’autres, Pascal a remuĂ© ciel et terre pour rĂ©unir le budget nĂ©cessaire Ă cette première participation. Alors, mĂŞme quand la fatigue prend le dessus, que le doute et le dĂ©couragement jettent une ombre pesante sur ses rĂŞves, Pascal refuse de baisser les bras. Il se retourne alors vers ses amis les motards, les obscurs sans grade qui, comme lui, repoussent chaque jour un peu plus leurs limites. « Tous les motards se serrent les coudes. Je me sens vraiment bien au milieu d’eux. Ils m’apportent tout le rĂ©confort dont j’ai besoin quand je crois ĂŞtre au bout du rouleau. »
Tan-Tan. 3h00 du matin. Pascal Rigaudeau resserre ses bottes de moto. Il grimace un peu avant d’enfourcher sa moto et d’enfiler son casque. « Allez, il faut que j’y aille. On m’attend au dĂ©part de la spĂ©ciale. » Il dĂ©marre, enclenche la première puis claironne, faussement fanfaron, avant de partir : « De toutes façons, pour moi, ce sera Dakar ou rien. Alors ce sera Dakar, quoiqu’il coĂ»te. » Et il s’enfonce dans la nuit, en route pour un voyage au-delĂ de ses limites.
Zouerat. 19h30. Pascal sort de la tente des mĂ©decins. « Mauvaise nouvelle, dit-il dans un sourire forcĂ©, j’ai la clavicule cassĂ©e. J’abandonne… ». Il tourne la tĂŞte, et jette un regard dĂ©jĂ nostalgique sur « la malle moto », ses compagnons de fortune et d’infortune. « Je suis super déçu, je voulais vraiment aller au bout. Je mettais dit : le Dakar, tu le fais une fois dans ta vie, mais tu vas au bout. Et lĂ , je prends un gadin Ă la con, une bĂ»che que je n’aurais jamais prise si je n’avais pas accumulĂ© les emmerdes depuis le dĂ©but. Enfin, c’est comme ça… ». Pascal se tourne vers sa malle pour y ranger une dernière fois ses outils, son plastron et ses bottes de moto. Ce soir il dort sous la tente des mĂ©decins avant de repartir en avion vers la France. Et Dakar alors, et le Lac Rose… ? « Je ne sais pas, souffle-t-il, je ne sais pas si je reviendrai. Mais ce qui est sĂ»r, c’est que j’en rĂŞverai encore… »
