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étape 5 - mercredi 4 janvier 2006 | Ouarzazate > Tan Tan
  • Liaison 187 km
  • Spéciale 350 km
  • Liaison 282 km
  • Total  819 km
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Rencontres

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Une chute sans fin

Guillaume Floirac (n°35)

Sous la tente qui abrite sa moto endommagĂ©e, Guillaume Floirac s’amuse de sa mĂ©saventure du jour. Son mĂ©canicien, Alexandre, sourit. Pas son père, Michel, qui a passĂ© l’après-midi d’hier Ă  faire l’aller-retour entre le parc d’assistance et le PC course pour consulter l’iritrack. « Je commence seulement Ă  me dĂ©contracter », souffle ce dernier, une cigarette Ă  la bouche. La nuit est tombĂ©e sur le bivouac de Ouarzazate.

Pour le jeune aveyronnais de 24 ans, qui vit son premier Dakar, l’accident est survenu quelques heures plus tĂ´t en milieu de spĂ©ciale. Bien calĂ© dans les quarante premiers depuis Er Rachidia, Guillaume, gĂŞnĂ© par un Ă©pais nuage de poussière, s’engouffre dans un trou pourtant signalĂ© par le road-book. Il tente de cabrer au dernier moment avant de faire une cabriole au-dessus de sa KTM : « Je suis retombĂ© sur la tĂŞte, j’étais sonnĂ© sur le coup, raconte ce nĂ©ophyte du Dakar. Je suis restĂ© assis un certain temps sur le sol pour ensuite repartir sans GPS et sans road-book. Et heureusement sans pĂ©pin physique ». PrivĂ© de ses instruments de navigation, le jeune enduriste, admirateur de Richard Sainct, n’a alors eu d’autre choix que de se caler dans les traces laissĂ©es sur la piste. Et fatalement, il a pris une mauvaise direction, obligĂ© de faire un dĂ©tour d’une soixantaine de kilomètres avec un petit groupe d’égarĂ©s, parmi lesquels Christophe Meillat. RĂ©sultat : Guillaume Floirac passe en 135ème position au dernier pointage de la spĂ©ciale et glisse du coup Ă  la 57ème place du classement gĂ©nĂ©ral.

Cette petite frayeur a eu le mĂ©rite de lui rappeler l’essentiel : « Mon objectif reste de parvenir Ă  Dakar sans me prĂ©occuper du classement gĂ©nĂ©ral. J’aimerais vraiment partager ce moment avec ma famille et mes amis, qui ont tous prĂ©vu de m’accueillir au Lac Rose ». Un rĂŞve que lui a transmis son frère aĂ®nĂ©, mis en Ă©chec sur les deux Dakar auxquels il a participĂ©. « J’avais envie Ă  mon tour de relever le dĂ©fi », prĂ©cise-t-il avec enthousiasme. Le chemin est encore long et les inconnues nombreuses. Mais Guillaume a dĂ©jĂ  hâte de connaĂ®tre la Mauritanie. Pour donner un sens Ă  l’invitation que lui avait un jour lancĂ©e Richard Sainct « Le Dakar, il faut le faire pour comprendre ».
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Manuel Garcia, l’instant de sa vie

Il s’excuse un peu « car le temps file », dit-il. Manuel est en train de quitter ses bottes avant de glisser sous sa tente. Le bivouac motards est rempli des bruits d’un gigantesque et informel atelier de mĂ©canique et la fraĂ®cheur de la nuit marocaine n’incite pas Ă  la confidence. Manuel est installĂ© tout Ă  cĂ´tĂ© de la malle blanche oĂą se concentre toute sa vie, comme pour tous les motards modestes et dĂ©butants. Sur le tarmac, le numĂ©ro 178 prend quand mĂŞme le temps d’expliquer sa philosophie : « C’est mon premier et ce sera mon seul Dakar, dit-il. Alors je vis tout au maximum. J’essaye de profiter de chaque instant. Tout est exceptionnel ici : les paysages, l’organisation. Je trouve mĂŞme que c’est trop Ă©norme pour des participants comme nous ». Cela fait un an et demi qu’il se prĂ©parait pour cela, et maintenant Manuel confesse un certain stress devant l’ampleur de l’évĂ©nement. Il fait pourtant toujours les choses avec mĂ©thode. Cette fois il est quand mĂŞme surpris devant ce qu’il dĂ©couvre. Il en rabaisse mĂŞme son objectif initial. « L’important n’est plus d’arriver pour moi. J’ai dĂ©jĂ  bouclĂ© une Ă©tape africaine et c’est tellement Ă©norme que c’est comme si j’avais touchĂ© mon prix. »

Manuel, venu de Calahorra, lĂ -bas dans la province de la Rioja, n’est cependant pas un rĂŞveur. Son Ă©nergie permanente lui permet de connaĂ®tre un certain succès professionnel. Fondateur et directeur gĂ©nĂ©ral d’une chaĂ®ne de vĂŞtements bon marchĂ©, il fait le Dakar pour aller au bout de lui-mĂŞme et pour ouvrir encore sa connaissance du monde. Ensuite il tirera sa rĂ©vĂ©rence. Trop lourd, trop compliquĂ©. Manuel fait partie des gens qui acceptent de vivre leur rĂŞve une fois dans la vie. « J’ai voyagĂ© partout dans le monde. Mais l’Afrique je ne connais pas. J’ai bien effectuĂ© quelques entraĂ®nements au Maroc, mais qu’est-ce que je vais trouver humainement plus au sud ? »

D’une certaine manière, Manuel apprĂ©hende. Il sait bien que tout ne va pas bien en Afrique, que la solidaritĂ© y est nĂ©cessaire. MĂ©decins sans Frontières est l’ONG qu’il soutient. Le Dakar c’est cela aussi, mĂŞme s’il reconnait ne pas savoir ce qu’il est correct de faire pour aider. L’air toujours dĂ©terminĂ©, malgrĂ© la fatigue, il dit encore ce qui pour lui est une Ă©vidence et une dĂ©couverte tout Ă  la fois : « Les gens d’ici valent vraiment la peine ». Il ferma sa malle et jette un dernier coup d’œil au ciel au dessus des montagnes que l’on distingue encore. Avant de disparaĂ®tre il ajoute : « aujourd’hui j’ai naviguĂ© , j’ai utilisĂ© le road book, j’ai vu tous les trous, tous les pièges. » Manuel est fier. Son classement ? « Je m’en fous », dit-il. Manuel a ses critères. Et pas mal d’esprit Dakar dans sa besace.
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