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Étape 13 - vendredi 15 janvier 2010 | San Rafael > Santa Rosa

  • Liaison  76 km
  • Spéciale 368 km
  • Liaison 281 km

Focus

La moto, un sport d’équipe

Les favoris de la course mettent tous leurs atouts de leur côté pour parvenir à leurs fins. Afin de se préserver des pépins mécaniques sur la piste, ils font appel à des champions qui les secondent : les porteurs d’eau.

Copyright A.S.O. / Amaury Sport Organisation

Une victoire sur le Dakar se construit. Autour d’une grosse personnalité, d’abord dotée d’une bonne dose de talent et d’un physique irréprochable. Puis avec une multitude de détails qui peuvent parfois se révéler décisifs. Dans le dispositif qu’un motard met en place pour viser la victoire, il prévoit de s’entourer d’un ou deux pilotes capables de suivre son rythme et de sacrifier ses intérêts personnels au cas où le leader aurait besoin d’un dépannage ou d’une pièce de rechange. Porteur d’eau, c’est la mission qui a été confiée à Henk Knuiman cette année, dans l’ombre du tenant du titre Marc Coma : « La difficulté, c’est de pouvoir rouler suffisamment vite pour être proche de lui, et il est très rapide ! Normalement Jordi Viladoms était son porteur d’eau prioritaire, mais il a abandonné. Ensuite j’ai pris le relais. Par exemple, mon rôle a été utile sur l’étape 5, où Marc a récupéré la roue de Luca Manca, puis j’ai ensuite donné la mienne à Luca », explique Knuiman.

Dans ce genre de circonstances, le coup de main donné par le porteur d’eau peut se révéler décisif. Cyril Despres, double vainqueur du rallye, a pourtant une vision beaucoup plus large du rôle de son « assistant » : « En fait quand j’ai gagné en 2005 je n’avais pas de porteur d’eau, car Fabrizio Meoni avait eu son accident, et Jean Brucy était tombé aussi. Et en 2007, Frans Verhoeven roulait avec moi, mais il a chuté en voulant gagner une spéciale. Avec le temps, je me rends compte qu’il est surtout très difficile de trouver un bon pilote capable de se mettre au service d’un leader. Dans ma carrière, j’ai vu Jean Brucy, pour Richard Sainct et Jordi Viladoms, pour Marc Coma. Cette année je crois qu’avec Ruben, j’ai aussi trouvé quelqu’un de très fiable, avec une bonne philosophie ».

Fraîchement recruté par Despres, le Portugais Ruben Faria n’a pas été sollicité pour de nombreuses interventions, mais s’est trouvé au bon endroit au bon moment. Pendant la huitième étape, le leader du classement général avait atteint la mi-spéciale avec deux jantes largement fendues. Faria, bien positionné, offrait alors sa roue pour permettre à Despres de continuer dans de meilleures conditions la deuxième partie : « Je ne sais pas combien de temps il m’a évité de perdre sur ce coup, puisque les jantes auraient peut-être tenu. Mais cela se situe entre trois minutes et trois heures. Un porteur d’eau, c’est surtout décisif lorsqu’on se bat à coup de minutes pour la victoire. En ce moment, je peux quand même dire qu’au départ des spéciales, c’est un plus en termes de sérénité. Mais au global, l’apport d’un porteur d’eau, c’est 70% au bivouac et 30% sur la piste », estime Cyril, qui met surtout l’accent sur l’état d’esprit.

Et dans ce domaine, il se peut que Despres ait mis la main sur une perle rare. Double vainqueur d’étape sur le Dakar, Faria n’avait pas trouvé de financement pour participer à l’édition 2010, jusqu’au coup de fil providentiel de Despres, à trois semaines du départ : « Il m’a appelé un dimanche, alors que j’avais fait une croix sur le Dakar. Dix minutes après, j’étais déjà concentré sur mon nouvel objectif : aider Cyril à gagner. Et le lendemain, j’ai débarqué chez lui en Andorre pour qu’on puisse se mettre au travail. » Habitué à rouler pour lui-même, Ruben adhère tout autant à la noblesse de sa nouvelle mission. La facilité avec laquelle il habite le personnage tient beaucoup à son éducation sportive et à son entourage : « Je m’entraîne très souvent avec des cyclistes professionnels d’une équipe de ma région. Il se trouve qu’un de mes meilleurs amis est poisson-pilote pour un sprinteur. Il a passé sa carrière à travailler pour faire gagner son leader, mais c’est un équipier génial. Et de la même manière, je me vois très bien faire cela plusieurs années. Ce qui me plait dans la vie, c’est de faire de la moto. Et si Cyril gagne, c’est comme si je gagnais moi-même ».