
Ils sont arrivés au bivouac d'Arica tout sourire : Juan-Manuel Linares et Camilo Perdomo venaient d'abandonner, mais la magie du Dakar avait opéré. « On revient, on revient l'an prochain », s'enthousiasmaient les deux uniques représentants colombiens. Et pourtant…Etape 5 : leur camion d'assistance en course fait des tonneaux et tout bascule à partir de là. Pour aider leurs associés, ils se laissent surprendre par la nuit. Juan-Manuel est catégorique : « Conduire la nuit dans les dunes, c'est comme entrer dans la maison du diable». Ils ont finalement dormi dans le froid, sans nourriture et sans sac de couchage, pour parvenir tout de même au bivouac d'Iquique à 7h00 du matin. A temps pour repartir. Et finir leur course 150 kilomètres plus loin, sur une rupture d'embrayage. « On était venu pour apprendre et on a appris. Chez nous, il n'y a pas de dunes », remarque Camilo. Hormis ce léger détail, l'équipage 429 avait pourtant un bagage intéressant à faire valoir : « Nous sommes les premiers à avoir rejoint l'Amazonie en partant de Bogota, en passant par Puerto Ordaz au Vénézuela, puis Boavista et Manaus au Brésil. C'était en 2005 », explique distraitement Juan-Manuel, chez qui pétille déjà le prochain Dakar.
Il y est venu dès son entrée au bivouac. Sans descendre de sa moto David Barrot, n° 35, s'est tout de suite lancé dans sa tirade : « Au départ de la spéciale l'écran était tout noir, puis ça marchait, et ça disparaissait de nouveau… » Le coéquipier de Viladoms et Helder Rodrigues s'inquiète de la validation de ses way points. Face à lui, les gars du Safety Center. Ceux qui ont en charge l'installation, la vérification et la réparation de cette électronique embarquée qui a changé la vie du Dakar, pour optimiser la sécurité des participants. Pour veiller au bon fonctionnement du système Sentinel (sécurité des dépassements en course), du GPS (way points, contrôles de vitesse) et de l'Iritrack (localisation par satellite), A.S.O. commandite chaque année deux entreprises qui mobilisent respectivement 6 et 7 techniciens pour un travail qui commence dès avant le Dakar. «On a tout vérifié au Havre avant l'embarquement des véhicules, puis de nouveau à Buenos Aires pour s'assurer que l'air marin n'avait rien altéré », précise Cédric Poulmaire, l'un des responsables avec César Rodriguez. La vie de ces apôtres de la sécurité se résume en une disponibilité 24/24, avec souvent des nuits blanches, parfois quelques heures de sommeil, le plus souvent un simple repos à l'occasion des transferts d'un bivouac à l'autre. Leur mission commence au départ des spéciales pendant qu'une équipe joint le bivouac suivant, où il faudra être en place pour contrôler les GPS et transmettre aux autorités sportives de la course les éventuels irrégularités. Depuis le départ du 33ème Dakar jusqu'à Arica, ce sont 200 interventions Iritrack qui ont été effectuées et 300 pour les GPS et le Sentinel. «On n'a jamais de problème. Il y a cinq-six ans ils n'en voulaient pas. Maintenant ils disent merci car ils savent que quand ils appuient sur un bouton l'hélicoptère est là très vite.»
En foot, la liste est longue des joueurs et entraîneurs qui maintiennent le lien entre Hollande et Catalogne : Johan Cruyff , Louis Van Gaal, Ronald Koeman, entre autres, sont venus triompher avec le Barça. Dans le sport mécanique, voilà maintenant Pep Vila qui a fait le trajet inverse pour rejoindre l'écurie De Rooy cette année. Une équipe qui est sans doute ce qui se fait de mieux en la matière, hormis les Kamaz. « C'est une occasion pour moi d'être dans de très bonnes conditions de compétition », reconnaît le Catalan, qui a déjà terminé 7ème sur le Dakar. C'était en 2009. Et si Josep garde des images, après 10 participations, ce sont plutôt celles de ses débuts en Libye, à Agadès ou le long du fleuve Niger. « C'étaient d'autres Dakar. Pas forcément mieux. Moins compétitifs en tout cas. » Centré sur la compétition, Pep Vila regrette bien sûr l'abandon de De Rooy : « Gerard, c'est un grand pilote et il aurait pu mettre la pression sur les Kamaz. » Après les problèmes connus sur l'étape d'Iquique par Hugo Duisters, Pep Vila se retrouve seul en première ligne pour porter les couleurs hollandaises. Pas de quoi inquiéter les Russes de son propre aveu : « Ce n'est pas une équipe, c'est une sélection nationale », remarque-t-il devant la mainmise des Kamaz.
Il ne pensait pas voir le bivouac d'Iquique, Sergio de la Fuente. A 10 km de la délivrance, le moteur de son quad a rendu l'âme. L'haltérophile uruguayen, multiple champion de son pays, plusieurs fois champion sud-américain et 6ème aux Jeux olympiques de 1992 à Barcelone, en avait pris son parti. Un premier Dakar n'est jamais simple, mais et le sien était parti pour s'achever un peu trop tôt. « J'ai pensé que c'était fini. Alors j'ai regardé passé les camions dans les dunes. Quel spectacle ! Quel spectacle ! » S'il y a une chose que cet Uruguayen tranquille regrette un peu, c'est de ne pas profiter à plein de l‘épreuve. « On n'a le temps de rien. Je ne me rends pas compte de là où je suis. Je n'ai même pas vu Sainz ou Al-Attiyah. » Embarqué dans le Dakar par Mauro Almeira, qu'il préparait physiquement pour le rallye, il a été embarqué dans l'aventure. Il découvre tout et porte maintenant seul l'image de son équipe, Almeira ayant cédé devant la course sur l'étape 4. Absorbé par les sauts des Kamaz et autres Tatra, Sergio a vu débarquer un quadiste argentin qui l'a ramené à la ficelle. Il peut donc poursuivre la course, avec sa philosophie à part : « Moi, je veux terminer. Et si j'y arrive, je ne reviens pas. »

communauté